Le Dr Jeanne D’Arc Ibock recoud les regards sur le handicap
En service au Centre Hospitalier Régional (CHR) de Garoua, le Dr Jeanne D’Arc Ibock, Chirurgienne pédiatre, publie une série d’ouvrages aux Éditions Akoma Mba pour rééduquer notre regard sur le handicap. De la langue des signes au braille, ses récits fonctionnent comme une pharmacopée sociale destinée à soigner les préjugés.
Avec Martin pose des questions sur le handicap et Martin et le sac rouge de maman (Éditions Akoma Mba), elle signe une double prescription littéraire pour soigner notre regard sur la différence.
« Martin est un petit garçon curieux qui pose beaucoup de questions. Un jour, il entend un mot qu’il ne comprend pas : handicap. » Ces lignes marquent le départ d’une révolution dans la littérature jeunesse camerounaise. Derrière elles se cache le Dr Jeanne D’Arc Ibock. Chirurgienne pédiatre au Centre Hospitalier Régional (CHR) de Garoua, cette praticienne formée entre le Cameroun et le Sénégal utilise désormais la plume comme un stéthoscope pour ausculter notre société. Avec Martin pose des questions sur le handicap et Martin et le sac rouge de maman (Éditions Akoma Mba), elle signe une double prescription littéraire pour soigner notre regard sur la différence. Dans son bloc opératoire comme en consultation, le Dr Ibock a croisé des milliers de destins. Elle a vu le fardeau que portent les familles confrontées au handicap au Cameroun : un poids souvent plus lourd que la déficience elle-même, fait de rejet, d’invisibilisation et de silence. « Pourquoi les Hommes ne pondent plus les œufs ? » demande un autre titre de la collection. Cette question illustre la perte du sens du merveilleux au profit de la méfiance. Le Dr Jeanne D’Arc Ibock choisit de briser ce mutisme avec des mots d’enfants et des illustrations tendres, sachant que les meilleurs traitements agissent parfois en douceur.
Un mot, un choc, une quête
Pour Martin, le mot « handicap » est une onde de choc. Sa réaction est celle de tout enfant : interroger l’inconnu. La justesse clinique de l’autrice désamorce la froideur des diagnostics médicaux pour mettre la différence à hauteur d’enfant. « Intrigué, il interroge sa maman, observe autour de lui et découvre que chacun vit, pense ou bouge différemment. » Ici, le handicap n’est plus une anomalie, mais une variation de la norme. Si elle connaît par cœur les classifications internationales (moteurs, sensoriels, psychiques), la chirurgienne préfère montrer la vie par petites touches.
Des prescriptions pour une société malade
En restant dans son cabinet, elle soignerait des individus ; en écrivant, elle soigne la société. La collection Graines de lecture agit comme un programme thérapeutique global. Chaque titre aborde un défi : la langue patrimoniale (Eyang), les troubles de l’apprentissage (Vanessa n’arrive toujours pas à lire) ou la fratrie (Malaika). Mais c’est sur le handicap que son approche est la plus puissante, car elle s’attaque au dernier tabou.
Les rencontres qui guérissent
La première rencontre de Martin se fait à l’école, face à un camarade en fauteuil roulant. Sans pathos, l’enfant demande : « Pourquoi tu ne joues pas avec nous ? ». La réponse est une leçon d’inclusion : « Mes jambes ne marchent pas, mais mes bras fonctionnent très bien ! ». Le message est clair : l’inclusion n’est pas qu’une rampe d’accès, c’est la reconnaissance des capacités restantes. Un enfant accepté guérit et grandit mieux. Martin découvre ensuite « la dame aux doigts qui lisent ». Fasciné par le braille, il comprend que le handicap sensoriel est une autre façon d’habiter le monde. La plasticité cérébrale, concept médical complexe, devient ici une image poétique : les doigts deviennent des yeux.
L’invisible et l’inouï
À la maison, Martin rencontre un monsieur qui n’aime pas le bruit. C’est l’occasion d’aborder les handicaps invisibles : autisme, hypersensibilité, troubles de l’attention. Jeanne D’Arc Ibock souligne l’importance de l’environnement : un enfant autiste dont on respecte les particularités peut s’épanouir. Le respect ne doit pas dépendre de la visibilité du mal. Plus loin, la rencontre avec « la petite fille qui parle avec les mains » présente la langue des signes non comme un palliatif, mais comme une langue à part entière, riche et poétique. L’autrice incite à l’action : et si nous apprenions tous quelques signes pour rendre le monde accessible ?
Quand l’absence devient handicap
Le second tome traite de la séparation : « Aujourd’hui, maman porte son sac rouge. » Pour un enfant, l’absence est un handicap affectif. Le Dr Ibock a vu dans sa carrière ces enfants qui somatisent le manque par des maux de ventre ou des angoisses. Le livre offre alors une « ordonnance d’amour » : la distance n’empêche pas le lien intérieur. Le sac rouge, de symbole d’angoisse, devient le signe annonciateur du retour.
Chaque livre est un médicament
« La collection “Graines de lecture” fonctionne ainsi comme une véritable pharmacopée où chaque ouvrage cible une pathologie sociale ou émotionnelle précise. D’une part, le titre Mémo découvre son village soigne l’ouverture à l’autre en stimulant la curiosité culturelle. Parallèlement, Le Jardin de Noah cultive le rapport à la nature, sensibilisant le jeune lecteur à l’équilibre de son environnement. Enfin, l’album Eyang : C’est le jour de la rentrée anesthésie efficacement l’angoisse de la nouveauté, transformant ainsi le stress du premier jour d’école en une étape sereine de la croissance. » Le dosage est adapté à chaque âge, des phrases courtes pour les 3-4 ans aux questionnements existentiels pour les plus de 6 ans. Comme pour un médicament, le bon dosage est crucial pour l’efficacité pédagogique.
Une prise de conscience collective
Ces livres s’adressent aussi aux adultes. En lisant Martin à voix haute, le parent affronte ses propres préjugés. Le livre devient un miroir qui invite au changement. Au Cameroun, où le handicap est encore trop souvent perçu comme une malédiction, l’urgence est là : sortir ces enfants de l’ombre, les scolariser, les aimer.
Martin, le petit guérisseur
Martin n’est pas un guérisseur traditionnel, mais un réparateur de regards. Jeanne D’Arc Ibock, forte de son expérience entre Dakar, Yaoundé et Garoua, a réussi le pari de soigner par la littérature. Elle prouve que la santé est globale : corps, esprit et lien social. Ses livres sont des ordonnances à lire sans modération pour construire un Cameroun plus juste.
Offrez Martin à vos enfants. Offrez-leur ces histoires qui soignent et souvenez-vous que l’amour est plus fort que tous les handicaps. Martin pose des questions, et grâce au Dr Ibock, nous commençons enfin à y répondre.
INTERVIEW
« Il n’y a pas de questions taboues avec les enfants »

Chirurgienne-pédiatre au Centre Hospitalier Régional (CHR) de Garoua et mère d’un garçon de 11 ans, le Dr Jeanne D’Arc Ibock signe son premier ouvrage jeunesse, “Les aventures du petit Martin”. Une série de livres illustrés en 10 tomes qui ose aborder, sans détour ni tabou, des thématiques sensibles comme le handicap ou la séparation. Dans cet entretien, elle se confie sur sa vision d’une éducation inclusive et sur la responsabilité des parents à répondre aux questions existentielles de leurs enfants.
Dites-nous, Docteur Jeanne d’Arc, qui êtes-vous ?
Je suis le Dr Jeanne D’Arc Ibock, Chirurgienne pédiatre, en service au Centre Hospitalier Régional (CHR) de Garoua. D’ailleurs, je suis la maman d’un petit garçon de bientôt 11 ans. Il est passionné d’art, d’écriture, de lecture et de culture en général. J’ai une grande ambition et un grand amour pour la transmission de nos valeurs culturelles, mais de l’art en général. Au Cameroun, actuellement, j’exerce au CHR de Garoua, qui est un centre de référence de deuxième catégorie et qui me permet d’exercer mon métier. La chirurgie pédiatrique est relativement rare, bien qu’il y ait de plus en plus de chirurgiens-pédiatres au Cameroun, mais cela reste quand même une spécialité peu répandue. C’est un des nouveaux centres construits et rendus opérationnels par l’État du Cameroun depuis quelques années déjà.
Est-ce que : « Martin pose des questions sur le handicap », est votre première aventure littéraire, pourquoi ce choix ?
C’est une première aventure littéraire pour moi et je l’ai voulue centrale, c’est-à-dire qu’elle unit toutes les facettes non seulement de ma personnalité, mais aussi des valeurs auxquelles je crois et que je souhaite transmettre. En tant que chirurgienne-pédiatre, par exemple, je suis amenée à prendre en charge les enfants, mais aussi les parents qui les accompagnent, à les sensibiliser. J’ai aussi pris l’initiative de faire de la sensibilisation sur les médias sociaux, sur les pathologies pédiatriques et les chirurgies pédiatriques qui sont moins connues, pour que les parents puissent être mieux armés face aux différents maux que peuvent traverser leurs enfants.
À la maison, j’éduque un petit garçon, et des neveux et des nièces. Un peu comme tout le monde, il n’y a pas de mode d’emploi pour être parent. Donc, j’apprends comme tout le monde sur le terrain, mais je me suis très vite intéressée à l’éducation en général, aux principes d’éducation, aux auteurs qui écrivent sur le sujet. Je me suis rendu compte qu’on ne maîtrise presque rien et que tous les supports sont là pour apprendre, pour nous donner les outils pour être de meilleurs parents et pour mieux accompagner nos enfants. Ce livre s’inscrit vraiment en droite ligne de mon parcours de médecin, d’amoureuse des mots et de maman aussi. C’est un outil supplémentaire pour aider à la conversation entre les parents et les enfants, et entre les parents eux-mêmes. Parce que tout le monde se pose des questions, et on cherche tous des réponses.
Et qui est “Le petit Martin” ? Pourquoi avoir choisi de faire de lui un enfant si curieux et heureux, et pourquoi cette série est-elle prévue en 10 tomes ?
Le petit Martin est un symbole de nos enfants qui posent des questions. Martin, c’est un hommage à mon papa. C’est aussi un clin d’œil à mon fils qui porte le nom de son grand-père. Mais c’est surtout parce que je l’ai vécu avec mon fils qui pose beaucoup de questions. Martin est le symbole de nos enfants qui vont à la rencontre du monde quand nous ne sommes pas là. Nous donnons le meilleur que nous pouvons à la maison, mais dès qu’ils franchissent le seuil de la porte, ils découvrent le monde et ils se posent beaucoup de questions. La plupart du temps, ils reviennent avec ces questions à la maison, mais ils ont en face des parents qui, parfois, ne sont pas préparés à un certain type de questions, ou à un certain type de questions à un certain âge. Généralement déstabilisés, embarrassés, ou parce que ces questions sont taboues dans leur environnement, ils se disent : “Je vais y répondre plus tard”, ou “Ce n’est pas de ton âge”, ou ils balayent sous le tapis en se disant que l’enfant va oublier. Mais la vérité, c’est que l’enfant n’oublie pas. Il grandira à la recherche des réponses à ces questions partout, sauf chez les parents qui ne donnent pas les éléments de réponse. Donc, je souhaite apporter ce petit outil pour rappeler aux parents que, voilà, les enfants sont curieux, c’est normal parce qu’ils sont en pleine évolution et découverte. Et pour répondre à leurs questions.
Votre livre aborde avec franchise des sujets comme le handicap ou la séparation, souvent considérés comme des obstacles mentaux ou des tabous. Pourquoi est-il si important, selon vous, de présenter ces réalités aux enfants dès le plus jeune âge ?
Il est primordial pour moi d’aborder ces sujets-là parce que ce sont des sujets qu’on n’aborde pas, selon moi. Mais aussi parce que, dans l’espace qui est le nôtre, la société évolue. On est confrontés de plus en plus à la séparation, à l’expatriation. Les parents travaillent de plus en plus, donc il y a des séparations physiques et géographiques de courte ou de plus longue durée. Les enfants deviennent adultes demain, et ils n’ont pas eu la possibilité de s’exprimer sur ce qu’ils ont vécu. Ils ont, entre guillemets, subi les décisions et les choix des parents qui étaient, bien entendu, bienveillants pour la plupart, mais néanmoins, les enfants subissent les décisions sans forcément participer au processus ou sans qu’on leur explique les raisons. Plus tard, adultes, ils ont des blocages, des traumatismes, des blessures émotionnelles, qui n’arrivent toujours pas à s’exprimer même à l’âge adulte parce qu’ils n’ont pas eu l’habitude de les exprimer étant enfants. C’est l’une des premières raisons.
L’autre raison, par rapport au handicap notamment, c’est parce que moi-même, étant maman, pendant les premières années, j’ai eu un doute sur la possibilité que mon fils soit porteur d’un trouble du spectre de l’autisme. Il a fallu faire des tests, il a fallu rencontrer des spécialistes. Je me suis rendu compte à ce moment-là que, même étant spécialiste, je n’y connaissais pas grand-chose. Ou du moins, le peu que je connaissais, confronté à la réalité, m’a fait réaliser qu’à mon niveau on n’avait pas assez de ressources, on n’avait pas assez de voies de recours, et la plupart des associations qui existaient étaient portées à bout de bras par des parents fatigués.
Et puis, au bout du compte, j’ai réalisé aussi surtout que nous allons à l’école, nous allons au travail, mais nous vivons dans des mondes parallèles. Combien d’entre nous avons côtoyé quelqu’un avec des enfants différents de nous, porteurs de handicap visible ou non ? Combien d’entre nous, dans notre espace de décision, prenons en compte le fait qu’il y a des personnes qui vivent des vies différentes des nôtres ? Parce que généralement, depuis qu’on est né, on n’a pas été confronté à ça. On ne vit pas dans notre chair la différence, donc on ne tient pas compte quand on prend des décisions.
Amener ces sujets au niveau des enfants, c’est pouvoir donner les outils aux générations qui arrivent pour qu’il y ait un peu plus d’inclusivité. Parce que ma vision de l’éducation, idéalement, ça aurait été un peu plus d’inclusion, que ce soit dans notre société ou dans les écoles. Donc globalement, c’est ça.
La série soulève la question de la responsabilité de l’adulte et du parent vis-à-vis de l’enfant. Quel message principal voulez-vous faire passer aux parents et aux éducateurs à travers les aventures de Martin ?
Le message principal, c’est qu’il n’y a pas de questions taboues. Il n’y a pas de sujets interdits. Il n’y a qu’une manière appropriée de répondre aux questions ou une fuite en avant. Les sujets et les questions sont déjà là, qu’on le veuille ou non. Les sujets existent déjà, les enfants les ont vus. Si l’enfant pose la question, c’est qu’il a été confronté à la réalité. Il ne sert à rien de fuir, il ne sert à rien de contourner. Par contre, leur donner des éléments de réponse sécurisés, dans un langage qu’ils comprennent selon leur niveau d’âge et qui évolue forcément avec leur maturité, c’est leur donner des réponses que l’on maîtrise, dans un environnement sain, et leur permettre d’être plus sûrs d’eux quand ils vont dehors et qu’ils ont d’autres sources d’information. Mon message principal pour les éducateurs et les parents, c’est qu’il n’y a rien de tabou. Il ne faut pas fuir la difficulté et la question. Au contraire, il faut l’embrasser parce que c’est une remise en question même pour nous, un apprentissage aussi pour nous. Il n’y a pas que les enfants en réalité qui auront des réponses dans ce processus. Même nous, les adultes, il y a des questions qu’on ne s’était pas posées ou qu’on ne s’était pas posées depuis longtemps.
Comment avez-vous présenté l’ouvrage au public ?
J’ai eu la chance de présenter l’ouvrage au Salon international du livre jeunesse de Yaoundé. Ce salon est organisé depuis 4 ans maintenant, bientôt 5, par la maison d’édition qui m’accompagne sur ce projet, qui est la maison d’édition Akoma Mba. Ensuite, j’ai pu faire deux séances de dédicaces, une à Garoua le 24 janvier et une autre à Douala le 31 janvier. J’ai associé quelques personnalités à ces événements pour parler des sujets qu’abordent le tome 1 et le tome 2 de cette série. Le tome 1 parlant de handicap, j’ai invité notamment à Garoua une personne qui est bientôt doctorante en relations internationales et qui est par ailleurs porteur d’un handicap visuel. Et à Douala, nous avons eu la chance d’avoir par exemple le Dr You, qui est psychiatre, avec lequel, ainsi que d’autres invités, nous avons abordé la question de la séparation dans les familles, notamment la séparation mère-enfant.
Le public a été très, très positivement surpris, agréablement d’ailleurs, de la qualité de l’ouvrage. Je vais commencer par là parce que c’est les premiers retours que j’ai eus. Ils ont beaucoup apprécié la qualité de l’ouvrage en lui-même : le papier, les dessins, les illustrations. Les illustrations ont été faites par un illustrateur congolais qui vit au Burundi, qui s’appelle Chance Chibangu, qui est détenteur du prix Kadima de 2022, un jeune homme brillant aussi, qui a beaucoup apprécié ce projet.
En plus de la qualité du document, ils ont beaucoup apprécié la pertinence des thèmes. Je pense que moi-même, en tant qu’auteur, je savais que ça allait être d’actualité, mais je n’imaginais pas à quel point. Beaucoup, beaucoup de mamans ont fait un retour sur le fait que le jour où elles ont acheté les livres, elles les gardaient, par exemple, pour Noël, mais elles les ont donnés avant parce qu’on leur a demandé une mission de cinq jours, une semaine. Elles ont trouvé que c’était le moment idéal pour en parler avec leurs enfants.
D’autres enfants ont fait des ateliers, des dessins à Yaoundé lors du salon du livre, et ils ont fait des retours comme quoi ils n’ont pas vu leur père depuis deux ans parce que le papa est en France. D’autres n’ont pas vu leur maman depuis un an ou deux ans parce qu’elle est au Canada. Donc, il y a ce gros aspect de l’expatriation. Ça a été vraiment un retour positif, et j’en suis vraiment satisfaite.
Il y a également la version anglaise du livre. Comment cette nouvelle version permet-elle de toucher d’autres publics camerounais ?
La version anglaise pour moi, quel est le bon mot ? C’était impossible de faire sans. Non seulement parce que je suis d’une famille anglophone, parce que le Cameroun est bilingue, parce que toutes les communautés sont concernées par ces questions-là. Je souhaitais absolument ne pas exclure une partie de mon public et une partie de moi-même. Généralement, pour faire une deuxième version, il faut attendre deux ou trois mois pour pouvoir sortir une nouvelle édition, parce que ce n’est pas un livre de dix pages, c’est carrément une nouvelle édition au complet. Il faut traduire, il faut vérifier, il faut ajuster tout en gardant l’ambiance, le message, mais c’est toute une autre ambiance et c’est toute une autre édition. Mais j’ai vraiment tout fait en très peu de temps, en un mois environ, pour que cette version anglaise soit disponible, pour que tous les publics aient accès, non seulement au Cameroun, mais aussi à l’international évidemment.
En tant que chirurgienne-pédiatre et autrice, quel regard spécifique portez-vous sur le débat de l’inclusion ?
L’inclusion n’est pas encore effective au Cameroun. Cela se voit en tant que parent au quotidien. Cela se sait en tant que nous-mêmes anciens enfants et jeunes adultes. En tant que chirurgienne-pédiatre, j’ai été encore plus confrontée parce qu’il a fallu participer aux soins d’enfants qui peuvent être porteurs de handicaps lourds, mais aussi accompagner les parents qui se retrouvent parfois face à un monde inconnu. Nous n’avons malheureusement pas encore toutes les réponses. L’autre aspect, c’est que nous sommes censés être des humains égaux en droits et en devoirs. Si un humain est égal en droits, il ne faudrait pas attendre qu’un enfant ait un besoin spécifique pour se poser la question de quel avenir on lui offre. Il a le droit à l’éducation, il a le droit à une forme d’autonomie, il a le droit de pouvoir subvenir à ses besoins que l’on soit là ou pas. Comment répondons-nous à cette question-là ? C’est vraiment des choses qui me trottent dans la tête depuis quelques années. J’ai décidé de commencer à mettre par écrit et apporter les éléments de réponse à mon niveau.
Pourquoi avoir choisi le livre illustré pour cette première aventure littéraire ?
Les livres illustrés associent l’image et le texte. Il était important pour moi d’être accessible à tout type de public. Je ne peux malheureusement pas pour l’instant m’engager à faire des livres en braille, par exemple, pour le public non-voyant, mais je souhaitais vraiment que tous les publics, enfants comme adultes – parce que ce sont des livres qui sont écrits pour que les adultes puissent les lire aussi et puissent avoir les éléments pour discuter avec les enfants – je voulais qu’ils soient accessibles à tous. Que ce soit des personnes qui sont en capacité de lire ou pas, l’image associée au texte illustre ce qui est dit. Mais il faut aussi savoir qu’avec les enfants, des images de belle facture sont plus attirantes et forcément ils sont plus intéressés. Pour amener les enfants à la lecture en les sortant des écrans, il faut trouver un support de transition qui associe l’image et le texte. Je pense que c’est le meilleur.
En parlant du style, pouvez-vous expliquer le style d’écriture que vous avez utilisé ?
D’accord. Globalement, c’est parce que d’habitude dans notre contexte, quand on parle de livre jeunesse – les choses sont en train d’évoluer, c’est vrai – mais quand on parle de livre jeunesse d’origine africaine ou écrit par des Africains, on va vous parler de contes. On va vous parler de contes, d’adages, ce type de choses. Ils sont très bien, parce que dedans il y a des leçons, des valeurs que l’on transmet, il y a la retransmission aussi de notre environnement culturel. Je voulais garder quand même un petit aspect de ça, tout en restant sur ce que moi je voulais aborder, qui sont des sujets un peu plus contemporains dans lesquels les enfants d’aujourd’hui se reconnaîtront plus facilement. Selon moi, l’identification et le vécu réel participent plus facilement à ce que le message passe auprès des enfants. Donc je voulais garder un peu des deux mondes en réalité. Le but n’est pas non plus de donner une leçon, c’est de partager une expérience.
Et quelle est la tonalité utilisée dans le texte ? Est-ce que c’est une voix didactique, comique, pathétique ?
Ah, d’accord, c’est ça. En fait, le livre n’est pas didactique. La tonalité du livre, c’est une narration, c’est une histoire contée. L’aspect didactique a été relégué à la fin parce que nous avons mis des questions-réponses à la fin, dans le but de s’assurer que l’enfant a bien lu, a bien compris, et de donner des éléments pour que le parent puisse converser avec l’enfant. Mais l’histoire en elle-même est une forme de conte. C’est une histoire où on raconte juste une histoire. C’est ça, la tonalité globale. L’aspect didactique est évoqué à la fin parce qu’à la fin, on a introduit une dizaine de questions avec les réponses pour permettre d’aborder les sujets, les thèmes qui sont évoqués.
Peut-être que des expressions humoristiques sont utilisées pour toucher les parents, la communauté ?
La manière dont j’ai écrit le livre, j’ai tenu compte de l’âge parce que je voulais que le niveau de lecture soit adapté. On a commencé à partir de six ans pour la lecture autonome, et trois à six ans pour la lecture accompagnée, c’est-à-dire que c’est le parent qui lit. Le style d’écriture est romanesque. Les expressions qui sont utilisées ne sont pas humoristiques, elles sont plutôt très imagées pour correspondre à – comment dire – pour donner une forme d’imaginaire coloré à l’enfant. On compare les situations réelles qui sont racontées avec un imaginaire coloré. Par exemple, dans le texte, on va montrer un enfant qui arrive à l’école en chaise roulante. Mais pour que le petit, l’un des personnages qui est un peu plus jeune dans le texte, comprenne mieux la valeur de ces roues, on va imaginer en lui disant que c’est comme les ailes d’un papillon, ça lui permet de se déplacer. Donc, c’est très imagé, c’est très coloré. Le but du jeu, certes, est didactique, mais je ne voulais pas que ce soit trop carré. L’enfant va apprendre des choses, mais ce sera très coloré, très imagé, un petit peu fantastique aussi. On décrit les situations réelles, mais on les retranscrit de manière imagée pour les enfants. Parce que dans le livre, il y a des personnages de différents âges. On a Martin qui a 6 ans, on a son petit frère qui en a 3, on a sa cousine qui a 7 ans, on a sa meilleure amie qui en a 8. Donc, il y a différentes tranches d’âge et la même situation est expliquée différemment selon l’âge des enfants. À la fin, vous avez des questions qui sont vraiment, elles, très didactiques pour permettre d’aborder le sujet du livre, en s’assurant que l’enfant a compris les grandes lignes.
Est-ce qu’il y a des enfants en situation de handicap représentés dans l’ouvrage ? Est-ce qu’il y a des illustrations qui proposent cette inclusion ?
Dans l’ouvrage sont représentés, je crois que ça se voit dès la première de couverture, il y a une petite fille en fauteuil roulant. L’histoire raconte l’arrivée dans l’école d’enfants différents parce que leur centre a été fermé. Donc, on va voir représenté à l’image un enfant en fauteuil roulant, on va voir représenté un enfant qui ne parle pas, qui utilise des gestes. On va voir aussi représenté un adulte qui est un enseignant, qui est malvoyant. On va même voir représenté à un moment dans le texte le personnage principal, qui lui aussi est un enfant qui a des particularités : il ne supporte pas le bruit. Donc, il y a des scènes racontées, des scènes de la vie quotidienne racontées. L’idée n’est pas de dire “voici le problème, voici la solution”. Au contraire, on raconte la solution dans le texte. Quand les enfants différents arrivent dans une école classique, quand dans une salle de classe le personnage principal ne supporte pas le bruit et qu’il faut que l’enseignant appelle ses camarades à bien se comporter, à tenir compte de leurs camarades, quant à la fin la maman donne des petites astuces aux enfants et leur rappelle que tout le monde est différent mais que tout le monde a la même valeur, le message passe par là. C’est-à-dire que je ne dis pas “la solution c’est l’inclusion”, je représente l’inclusion, je la raconte, je la fais vivre comme un quotidien déjà existant. Donc, l’ambition d’inclusivité, je l’ai représentée dans le livre comme une réalité déjà existante. Il faut qu’on se rende compte que c’est possible si on fait cet effort-là.
Est-ce qu’il y a des chapitres dans le livre ?
Non, il n’y a pas de chapitres. C’est un livre illustré jeunesse, ça veut dire que c’est un petit volume, ce n’est pas un roman.
Combien de pages ?
C’est 34 pages. C’est un petit volume illustré, ce n’est pas un roman, donc il n’y a pas de chapitres. Par contre, effectivement, on voit la transition des différentes scènes, ce ne sont pas les mêmes scènes, mais ce n’est pas ordonné en chapitres.
Il y a combien de scènes ?
Il y a une dizaine de scènes.
Ces scènes abordent quels types de sujets ?
Le tome 1, c’est “Martin pose des questions sur le handicap”. Le tome 2, c’est “Martin et le sac rouge de maman”. Dans le tome 1, nous avons une succession de scènes. Dans les premières scènes, nous avons des situations au domicile familial. Dans les scènes suivantes, nous avons des situations à l’école. Dans d’autres scènes, nous avons des situations dans la rue. Et enfin, on revient au domicile familial. Les différentes scènes abordent d’abord la question posée parce que l’enfant observe ce qui se passe autour de lui. Dans les différentes scènes scolaires, on met en scène l’inclusivité et la différence. On met en scène des adultes et des enfants qui sont différents. On met en scène le fait qu’ils soient inclus dans la vie scolaire au quotidien et comment les autres s’adaptent à ça. Les questions que ça soulève chez les autres enfants, comment on y répond, et comment ils s’adaptent. Et les dernières scènes sont des scènes un peu plus de conclusion où la maman reprend les sujets.












































































































































































































































































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