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Sida et hépatite B :’Le grand paradoxe sanitaire de l’Extrême-Nord

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Mêmes voies de transmission, prévalences opposées : 1,5 % pour le VIH, 17,7 % pour l’hépatite B dans l’Extrême-Nord. Selon le Pr Moustapha Moncher Nsangou, sociologue, expert en santé sexuelle et reproductive, le VHB est 50 à 100 fois plus contagieux et survit 7 jours à l’extérieur du corps.

Au Cameroun, la géographie des grandes endémies sanitaires réserve parfois des contrastes saisissants qui défient l’entendement. D’un côté, la région de l’Extrême-Nord affiche une maîtrise relative du VIH SIDA, dont le taux de prévalence est contenu à environ 1,5 % selon les données officielles de l’enquête CAMPHIA 2024-2025. De l’autre, cette même région subit de plein fouet l’ouragan silencieux de l’hépatite virale B, qui y atteint un taux de prévalence vertigineux de 17,7 % d’après les chiffres actualisés du Ministre de la Santé publique, le Dr Manaouda Malachie. Mêmes voies de transmission, prévalences opposées. Selon le Pr Moustapha Moncher Nsangou, sociologue, expert en santé sexuelle et reproductive, le VHB est 50 à 100 fois plus contagieux et survit 7 jours à l’extérieur du corps.

À l’occasion de la commémoration de la Journée Mondiale contre les hépatites virales sous le thème évocateur « Hépatite – Faisons tomber les barrières », la sonnette d’alarme a été tirée avec force pour réveiller les consciences. La réponse à cette énigme sanitaire se lit à travers le décryptage des experts de la santé. Selon les explications du Dr Rose Armelle Ada, chef du service de la lutte contre les hépatites au ministère de la Santé publique, l’explication réside dans la nature redoutable des modes de contamination du virus de l’hépatite B et les réalités socioculturelles locales.

Les modes de vie communautaires et la faiblesse du respect des mesures d’hygiène de base constituent un premier terrain propice. Mais c’est surtout la biologie du virus qui effraie. Contrairement au VIH, tous les liquides biologiques conservent le virus de l’hépatite B de manière très active. Le VHB englobe ainsi l’ensemble des facteurs de risques du VIH, auxquels s’ajoutent des modes de transmission encore plus larges liés à la promiscuité et aux petites plaies ouvertes du quotidien. C’est une véritable alerte qui exige l’intensification immédiate de la sensibilisation pour un changement radical de comportement et le respect absolu des mesures de prévention au sein des ménages du septentrion. Dans les zones de forte endémie, les causes de propagation de l’hépatite B sont multiples et insidieuses. Le virus se propage le plus souvent de la mère à l’enfant à la naissance ou par contact horizontal entre enfants au cours des cinq premières années de vie en raison de coupures et de plaies ouvertes.

Sur le plan clinique, la maladie se révèle particulièrement traître. La plupart des personnes nouvellement infectées ne manifestent strictement aucun symptôme, ce qui favorise la propagation silencieuse du virus. Cependant, certaines présentent une affection aiguë caractérisée par des signes cliniques persistants sur plusieurs semaines, notamment un jaunissement de la peau et des yeux appelé ictère, une coloration sombre des urines, une sensation de fatigue prononcée, des nausées, des vomissements ainsi que des douleurs abdominales
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Le Pr Louis Richard Njock, Secrétaire général du ministère de la Santé publique, a rappelé les grands axes de la riposte en cours : la mise en œuvre du Plan Stratégique National 2025-2030, l’intensification du dépistage ciblé, la gratuité totale du dépistage et de la prophylaxie pour les femmes enceintes porteuses du virus, ainsi que l’introduction historique de la dose de naissance du vaccin contre l’hépatite B pour tous les nouveau-nés dans le Programme Élargi de Vaccination. Entre la décentralisation des centres de traitement agréés et l’intégration prochaine de la prise en charge des hépatites au panier de soins de la Couverture Santé Universelle, le Cameroun déploie un arsenal massif. Dans l’Extrême-Nord, où le fardeau pèse lourdement sur l’avenir de la jeunesse, la mobilisation générale est désormais le seul rempart pour faire reculer ce fléau.

INTERVIEW

« La contagiosité du virus de l’hépatite B est environ 50 à 100 fois plus élevée que celle du VIH »

Pr Moustapha Moncher Nsangou , Sociologue – expert en santé sexuelle et reproductive à l’université de Yaoundé 1.

Le Pr Moustapha Moncher Nsangou analyse les dissemblances épidémiologiques entre le VIH et l’hépatite B. Il met en lumière une contagiosité du VHB 50 à 100 fois supérieure, une persistance environnementale de sept jours et la nécessité impérative de renforcer la culture vaccinale, notamment dans les régions septentrionales.

Pourquoi l’Extrême-Nord affiche-t-il le taux d’hépatite B le plus élevé du Cameroun (17,7 %) alors que la prévalence du VIH y est la plus faible (1,5 %) ?

Bien. Lorsqu’on compare les modes de transmission du VIH et de l’hépatite B, on se rend compte que le virus de l’immunodéficience humaine et le virus de l’hépatite B se transmettent par des voies similaires, sauf que le virus de l’hépatite B est beaucoup plus contagieux que le VIH. En effet, les deux virus se transmettent par des rapports sexuels non protégés, par le contact avec du sang contaminé, par la transmission de la mère à l’enfant, par le partage de seringues et éventuellement par la salive. Cependant, dans le cas du VIH, pour qu’il y ait transmission par la salive, il faudrait qu’il y ait des lésions dans la bouche. Quant à l’hépatite B, la transmission par la salive est rare, mais possible s’il y a également du sang. Pratiquement, les modes de transmission sont les mêmes. Le virus de l’hépatite B est plus contagieux que le VIH. La différence fondamentale qu’il faut regarder dans le niveau de contagiosité ce qui pourrait expliquer le taux élevé dans le Septentrion est que la contagiosité du virus de l’hépatite B est environ 50 à 100 fois plus élevée que celle du VIH. Il faut également noter que, concernant la survie dans l’environnement, le VIH a une durée de vie très courte à l’extérieur du corps, alors que le virus de l’hépatite B peut survivre jusqu’à 7 jours sur des surfaces contaminées et y rester infectieux.

Comment expliquer que le VIH soit « bas » là où l’hépatite B explose, alors que les deux infections partagent des facteurs de risque identiques ?

Voilà la différence. Ainsi, lorsqu’on est exposé à du sang à l’extérieur, le VIH meurt rapidement, tandis que le VHB peut survivre jusqu’à 7 jours. Concernant la prévention, que ce soit pour le VIH ou pour le virus de l’hépatite B, les modes de prévention sont : le port correct et systématique du préservatif lors des rapports sexuels, l’utilisation de matériels d’injection stériles et le dépistage des produits sanguins.

L’hépatite B à 17,7 % dans l’Extrême-Nord est-elle un signal d’alarme sur l’échec du dépistage du VIH dans cette zone ?

Par contre, ce qui peut être plus efficace puisque le virus de l’hépatite B est plus résistant que le VIH dans l’environnement c’est la vaccination. Mais lorsqu’on regarde la prévalence vaccinale dans l’Extrême-Nord, on se rend compte que très peu de personnes sont vaccinées, car les populations n’ont pas encore la culture de la vaccination. C’est ce que je peux dire.

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Elvis Serge NSAA DJOUFFO TALLA est un journaliste camerounais spécialisé en santé et enquêtes de terrain, actuellement rédacteur en chef adjoint au groupe Echos-Santé. Lauréat de plusieurs prix nationaux pour ses reportages sur la tuberculose et le VIH, il allie rigueur factuelle et engagement pour les droits humains, notamment à travers des enquêtes sur l’accaparement des terres, la mortalité minière ou l’accès aux soins. Sa démarche s’appuie sur une expertise vérifiée, renforcée par une formation en vérification des faits et un engagement continu pour un journalisme porteur de changement social.

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