Le taux d’allaitement exclusif au Cameroun est passé de 28 % à 40 % en une décennie, mais reste loin des 50 % visés par l’OMS. Un état des lieux qui pointe encore 9 700 décès infantiles évitables chaque année.
Le taux d’allaitement maternel exclusif chez les enfants de 0 à 6 mois a connu une évolution continue au Cameroun : 28 % en 2011, 31 % en 2014, puis 40 % en 2018, selon les enquêtes successives de l’Institut national de la statistique. Concrètement, cela signifie qu’environ quatre nourrissons sur dix ne reçoivent que le lait maternel jusqu’à l’âge de six mois, contre un peu plus d’un sur quatre il y a quinze ans. Cette dynamique ascendante s’explique en grande partie par la mobilisation continue du ministère de la Santé publique (Minsanté), appuyé par des partenaires techniques et financiers comme l’UNICEF et l’OMS, qui multiplient les campagnes de sensibilisation, notamment à l’occasion de la Semaine mondiale de l’allaitement maternel célébrée chaque année début août, soit du 1er au 7 du mois.
Sur le terrain, cette progression se traduit par des initiatives concrètes. Le projet ViAllaite/TOCKEM, soutenu par l’UNICEF, accompagne directement les mères dans les communautés, y compris celles qui, après plusieurs grossesses nourries au lait artificiel, découvrent tardivement les bienfaits de l’allaitement exclusif. Ces programmes misent sur le témoignage et le relais communautaire : des mères déjà convaincues deviennent à leur tour des ambassadrices auprès d’autres femmes de leur entourage, créant un effet d’entraînement qui dépasse le seul cadre des structures de santé.
Un objectif international encore hors de portée
Malgré ces avancées, le Cameroun reste en deçà des engagements internationaux. L’Assemblée mondiale de la santé avait fixé en 2012 une cible de 50 % d’allaitement exclusif à atteindre d’ici 2025 : un objectif que le pays n’a pas atteint. Pire, la barre est désormais placée plus haut : la stratégie mondiale de nutrition vise au moins 60 % d’allaitement maternel exclusif au cours des six premiers mois d’ici 2030. À ce rythme de progression, l’écart entre les ambitions internationales et la réalité camerounaise pourrait donc se creuser plutôt que se résorber, si les efforts ne sont pas intensifiés.
Des vies encore perdues chaque année
Au-delà des pourcentages, c’est un enjeu de survie infantile qui se joue. Selon le Minsanté, le non-allaitement provoque près de 9 700 décès évitables par an chez les enfants de moins de 2 ans au Cameroun. Ce chiffre rappelle que l’allaitement maternel n’est pas qu’une question de nutrition : il constitue une véritable barrière immunitaire pour le nourrisson, en particulier dans les premiers mois de vie où son organisme reste extrêmement vulnérable aux infections.
La qualité de l’allaitement en question
Le taux global masque aussi un problème de qualité des pratiques. Près de 70 % des mères allaitantes introduisent prématurément d’autres aliments ou liquides avant les six mois de leur enfant, alors que son système digestif n’est pas encore équipé pour les digérer. Cette introduction précoce de bouillies ou d’eau perturbe le microbiote intestinal du nourrisson, encore immature, avec des conséquences potentielles sur le développement de son système immunitaire et sa protection contre les maladies infantiles les plus courantes.
Des obstacles structurels persistants
Plusieurs freins expliquent cette situation. La Société camerounaise de pédiatrie pointe notamment la violation à large échelle de la loi encadrant la commercialisation des substituts de lait maternel, qui continue d’exposer les mères à une promotion agressive des laits artificiels, parfois au détriment d’un conseil médical neutre. À cela s’ajoute la contrainte de la vie professionnelle : de nombreuses mères qui reprennent le travail quelques semaines après l’accouchement ne disposent d’aucun espace dédié pour allaiter ou tirer leur lait, les contraignant à des solutions de fortune, parfois au détriment de la continuité de l’allaitement exclusif.
Un chantier à poursuivre
L’état des lieux dessine ainsi un double constat : des progrès réels, mais insuffisants face à des objectifs internationaux revus à la hausse. La poursuite des campagnes de sensibilisation, le renforcement de l’application de la réglementation sur les substituts de lait maternel, et la création d’espaces d’allaitement sur les lieux de travail figurent parmi les leviers identifiés pour rapprocher le Cameroun des standards fixés par l’OMS.
« L’allaitement maternel est l’un des investissements les plus efficaces que nous puissions réaliser pour la santé, la nutrition et le développement des enfants. Nous savons aujourd’hui ce qui fonctionne : des services de santé de qualité, des communautés engagées, des politiques favorables et un accompagnement continu des mères. Les médias ont un rôle essentiel à jouer pour mettre en lumière ces solutions, lutter contre la désinformation et contribuer à créer un environnement où chaque mère reçoit le soutien nécessaire pour offrir à son enfant le meilleur départ possible dans la vie » : Juliette Haenni, Représentante adjointe de l’UNICEF au Cameroun













































































































































































































































































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