Vaccin contre le paludisme – Son efficacité est limitée

Selon le Directrice du département Vaccination à l’Organisation mondiale de la santé (OMS), Kate O’Brien, les résultats montrent que le vaccin réduit le paludisme sous sa forme grave de 30 %.

Maladie très ancienne qui se manifeste par de la fièvre, des maux de tête et des douleurs musculaires puis par des cycles de frissons, fièvre et sueurs, le paludisme ou malaria tuerait un enfant toutes les deux minutes dans le monde, selon l’OMS. Sur les 400 000 décès comptabilisés chaque année, 94 % se trouvent sur le continent africain et concernent majoritairement des enfants de moins de 5 ans. Longtemps, la perspective d’un vaccin contre le paludisme semblait un Graal inaccessible. Au total, plus de 100 candidats-vaccins ont déjà été testés chez l’homme contre Plasmodium falciparum, le parasite responsable de la maladie. Sans résultats probants jusqu’ici. « Il s’agit ici de développer un vaccin contre un parasite, et pas contre un virus. Et cela rend la tâche bien plus difficile », explique auprès de France 24 Benoît Gamain, directeur de recherche au CNRS, spécialiste du paludisme gestationnel, c’est-à-dire touchant principalement les femmes enceintes. « Le parasite est un organisme complexe, avec plus de 5 000 gènes à prendre en compte, contre des dizaines pour un virus. C’est donc plus compliqué de trouver les bonnes cibles pour développer un vaccin efficace ». « Par ailleurs, il faut que la protéine ciblée par le vaccin ne mute pas. Or, les parasites sont très doués, plus que les virus, pour échapper à la réponse immunitaire de l’hôte ». Le vaccin qui a réussi à tirer son épingle du jeu est le Mosquirix, ou RTS, S, développé par le géant pharmaceutique britannique GlaxoSmithKline (GSK).  « Les scientifiques travaillent dessus depuis 1987, soit plus de 30 ans », rappelle Benoît Gamain. Les résultats montrent qu’il « réduit le paludisme sous sa forme grave de 30 % », a déclaré Kate O’Brien, directrice du département Vaccination à l’OMS.

Le prochain défi, c’est l’accès aux vaccins

Avant le déploiement massif du vaccin RTS, S, de nombreux défis, logistiques cette fois-ci, vont aussi se poser. Le premier, et non des moindres, concerne le financement de ces vaccins. « Il est primordial que le vaccin soit gratuit », réagit auprès de France 24 Olivia Ngou, présidente de l’ONG Impact Santé en Afrique. « Le paludisme touche principalement les enfants les plus vulnérables et en situation de grande pauvreté. Il est essentiel qu’ils puissent bénéficier de cette nouvelle arme ». « Il va donc falloir rapidement s’atteler à la question des ressources : qui va financer ? À quelle hauteur ? », Interroge-t-elle, appelant à une levée des brevets sur les vaccins. « De cette façon, nous pourrons les produire sur notre territoire et les déployer à moindre coût ».

De son côté, l’Alliance du vaccin (Gavi) a d’ores et déjà annoncé qu’elle allait examiner, ainsi qu’avec les autres acteurs concernés, « si et comment financer un nouveau programme de vaccination contre le paludisme dans les pays d’Afrique subsaharienne », dans un communiqué publié après l’annonce de l’OMS. « Il va aussi se poser la question concrète de l’accès aux soins. La maladie touche en grande partie une population réfugiée ou nomade. Comment s’assurer que ces enfants vont pouvoir bénéficier des quatre doses nécessaires ? », Soulève-t-elle. « Et évidemment, tout cela devra s’accompagner d’une grande campagne de sensibilisation pour rassurer les parents et les inciter à vacciner leurs enfants ». « Cette annonce est une très grande avancée, qui nous donne beaucoup d’espoir pour la suite », conclut Olivia Ngou. « Mais il faudra s’atteler rapidement à ces obstacles logistiques ». « Le travail est loin d’être terminé », abonde de son côté Brian Greenwood. « Il faut maintenant développer un vaccin plus efficace, valable pour d’autres catégories d’âge, renforcer les traitements préventifs… Il reste de nombreux défis ».

Elvis Serge NSAA

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