Le Ministre de la Santé Publique, le Dr Manaouda Malachie, a présidé ce 14 janvier 2026, la cérémonie de remise des certificats aux gradués des cohortes 2,3, et 4 du Cameroon Field Epidemiology Training Program niveau intermédiaire.
Une arène contre l’invisible. Ce n’est pas dans un stade, mais dans la salle des fêtes de la Croix-Rouge camerounaise, ce 14 janvier 2026, qu’une autre forme de combat se célébrait. Sous la présidence du ministre de la Santé publique, près d’une centaine de nouveaux « soldats de la santé publique » recevaient leurs certificats, achevant ainsi leur formation au niveau intermédiaire du Cameroon Field Epidemiology Training Program (CAFETP). Dans un monde où, comme le soulignait un orateur, « la santé publique n’est plus une évidence tranquille, mais une responsabilité stratégique et un combat continu », cette cérémonie était bien plus qu’une formalité académique. Elle symbolisait la volonté du Cameroun et de ses partenaires de construire une résilience sanitaire face à des menaces de plus en plus imprévisibles.
Le Dr ESSO ENDALE Linda Lovet Augustine Julia, directrice de la Lutte contre la maladie, a ouvert la séquence technique en dressant le bilan d’un programme vieux de 15 ans, soutenu principalement par les États-Unis via le CDC et le réseau TEPHINET. Les chiffres parlent d’eux-mêmes :1 621 acteurs de première ligne formés au niveau de base à travers tous les secteurs (Santé, Élevage, Défense, Forêts…), près de 200 investigations menées sur le territoire, et plus de 800 rapports de surveillance produits. Le programme, a-t-elle rappelé, a su s’adapter : spécialisations sur le paludisme (178 formés), les laboratoires (121) ou les maladies non transmissibles, prouvant que « le FETP n’est pas seulement une formation pour les maladies infectieuses ».
Forte de cette expertise, la formation camerounaise rayonne au-delà des frontières, formant des personnels de la sous-région et appuyant des pays comme le Niger. « C’est la preuve du leadership que le Cameroun a acquis », a affirmé la Directrice, listant les pays bénéficiaires : Tchad, Guinée équatoriale, Gabon, Congo, RDC, Centrafrique. Les niveaux intermédiaire (depuis 2021) et avancé (149 résidents formés, 6ᵉ cohorte en cours) complètent cette architecture, avec à la clé des réalisations tangibles : réponse à 31 épidémies majeures depuis 2015, et plus de 250 investigations.
Des diplômés « prêts à contribuer sur l’arène internationale »
Porte-parole des cohortes 2, 3 et 4, un diplômé a traduit avec émotion le parcours d’une promotion venue d’horizons divers mais unie par le désir de servir. « Aujourd’hui, nous repartons non seulement en tant que diplômés, mais en tant qu’épidémiologistes et chercheurs de terrain », a-t-il déclaré, mettant en avant les projets de recherche opérationnelle menés et les participations à des conférences internationales prestigieuses. Il a rendu un hommage appuyé aux mentors, « de véritables bâtisseurs de la santé publique », et à leurs familles, dont le soutien fut crucial durant les « longues nuits d’étude ».
Son discours a souligné l’ambition des nouveaux diplômés d’ancrer la recherche dans le système de santé. « L’utilisation efficace de ces compétences nous permettra d’obtenir un retour sur investissement substantiel et de meilleurs résultats sanitaires pour notre peuple », a-t-il assuré, avant de lancer un vibrant : « Vive le FETP, vive le ministère de la Santé publique ! »
Un plaidoyer historique et stratégique pour l’action de terrain
La cérémonie a ensuite pris une dimension politique et philosophique avec l’intervention, en forme d’adieu, de l’ambassadeur des États-Unis, S.E. Christopher John Lamora. Pour son dernier acte officiel au Cameroun, il a choisi de célébrer « la prochaine génération d’épidémiologistes ». Rappelant l’exemple fondateur de John Snow lors de l’épidémie de choléra de 1854 à Londres, il a martelé que « la surveillance attentive, l’enquête rigoureuse et l’action décisive sur le terrain sauvent des vies ».
Dans un monde interconnecté, a-t-il argumenté, renforcer les capacités au Cameroun bénéficie à toute la planète, y compris aux États-Unis. Citant le président Theodore Roosevelt, il a lancé aux diplômés : « Vous êtes ces hommes et ces femmes dans l’arène… Votre travail compte, et le mérite vous en revient. » Un message fort de reconnaissance et de passage de relais.
Le discours final, d’une haute tenue stratégique, a synthétisé les enjeux contemporains. Face à une « dette sanitaire effrayante » et à des menaces multidimensionnelles – des maladies émergentes au changement climatique –, « on ne protège pas des vies avec seulement des discours ». La leçon des crises est claire : il faut des « capacités réelles, des équipes préparées et des décisions prises à temps ».
Le programme FETP incarne cette réponse. Il forme des sentinelles capables de « lire les signaux faibles » et d’anticiper. Le niveau intermédiaire, en particulier, est « la charnière indispensable » entre le terrain et le pilotage stratégique. « Vous ne vous formez pas pour observer à distance… mais pour agir. Oui, pour agir, conduire, déclencher », a-t-on insisté. En recevant leur certificat, les diplômés sont investis d’une mission républicaine : devenir des « acteurs de la sécurité nationale », des « soldats de la santé » – non de la peur, mais « de la méthode, du calme et de l’évidence scientifique ».
Pour réussir, leur action devra reposer sur quatre piliers : l’éthique, la coopération, l’humilité et la vigilance scientifique. Comme le concluait l’orateur, en reprenant une citation du Dr Hans Rosling, « les urgences de santé publique vont certainement survenir », mais c’est une culture de la vigilance et une préparation absolue qui permettront de « prévenir plutôt que subir, détecter plutôt que constater, agir plutôt que réagir ». La cérémonie s’est ainsi achevée sur une vision : celle d’un Cameroun – et d’une sous-région – où chaque alerte est prise en compte, chaque crise maîtrisée, et où la santé publique redevient un pilier inébranlable de la paix et du développement. La nouvelle cohorte d’épidémiologistes est désormais en première ligne pour faire de cette vision une réalité.
Elvis Serge NSAA
« Investir dans le Capital Humain pour une Résilience Sanitaire »

La santé publique n’est plus une évidence, mais une responsabilité stratégique et un combat continu, déterminants pour la stabilité nationale. Dans un monde marqué par une dette sanitaire effrayante et des menaces permanentes, nous avons appris que l’immobilisme, les incantations et les discours sont vains. Seule une action concrète fondée sur des compétences, des équipes préparées et des décisions rapides protège des vies.
Comme le souligne le Dr Tedros (OMS), une crise est une opportunité de réparer le système. L’objectif ultime est une surveillance efficace : une chaîne de détection, d’analyse, d’investigation et d’intervention rapides. Il s’agit de bâtir un système résilient et de former des professionnels capables de lire les signaux faibles, d’anticiper les crises et d’organiser la réponse. Le Programme de formation en épidémiologie de terrain est l’architecture de cette résilience. Programme phare en Afrique, il a déjà formé plus de 1 600 professionnels, créant un maillage humain essentiel. Derrière ces chiffres, il y a des vies sauvées, des investigations menées et des décisions éclairées sur le terrain.
Les menaces sont multiples et interconnectées : maladies émergentes, résistances aux antibiotiques, catastrophes naturelles, risques chimiques et impact majeur du changement climatique. Ces dangers ne respectent pas les frontières. Un foyer local peut devenir une crise régionale en l’absence de détection active, de réponse coordonnée et de vigilance constante.
La formation de niveau intermédiaire est la charnière indispensable entre la surveillance de première ligne et le pilotage stratégique. Les diplômés d’aujourd’hui ne sont pas des théoriciens, mais des acteurs opérationnels. Leur mission : renforcer la surveillance, conduire des investigations et participer aux réponses sur le terrain. Leur mantra : agir, conduire, structurer, documenter.
En recevant ce certificat, vous n’êtes pas simplement félicités. La République vous investit d’une mission cruciale. Vous devenez des acteurs de la sécurité nationale, des garants discrets de la stabilité. Vous êtes désormais des soldats de la santé : Soldats de la méthode et de la science, pas de la peur. Soldats du calme et de l’anticipation. Soldats de la coordination et de la rigueur.
Votre action doit reposer sur quatre piliers indissociables : L’éthique : Agir avec et pour les communautés, dans la transparence, la justice et le respect des droits. La coopération : la réponse est toujours plus forte collective. Travailler en réseau est une nécessité. L’humilité : reconnaître ce que l’on ignore pour s’ouvrir à l’apprentissage permanent, comme le préconisait Paul Farmer. La vigilance scientifique : Une guidance rigoureuse n’est pas un luxe, mais une nécessité en temps de crise.
Ce succès est le fruit d’un effort collectif : État, ministères, partenaires (Union européenne, États-Unis, Fonds mondial…), instructeurs et équipes pédagogiques. Nos communautés nous attendent. Les générations futures nous jugeront sur notre capacité à prévenir plutôt que subir, à détecter plutôt que constater, à agir plutôt que réagir. Nous avons une obligation absolue de préparation. Ensemble, à travers cette formation et votre engagement, nous œuvrons pour un avenir où chaque alerte est prise en compte, chaque crise est maîtrisée, et où la santé publique redevient un pilier solide de la paix sociale et du développement.
Propos recueillis par Elvis Serge NSAA












































































































































































































































































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