L’Assemblée générale ordinaire de l’Ordre National des Vétérinaires du Cameroun (ONVC) se tient à Yaoundé, au moment où la profession est confrontée à une mutation profonde de son paysage structurel et sanitaire.
La ville aux sept collines est au coeur de la santé animale depuis le jeudi 5 février 2026, à l’ouverture solennelle de l’Assemblée générale ordinaire élective de l’Ordre National des Vétérinaires du Cameroun (ONVC). Sous l’égide du Dr Taïga, Ministre de l’Élevage, des Pêches et des Industries Animales, ce rendez-vous crucial a réuni la grande famille des praticiens de la santé animale pour une introspection profonde. Le ton a été donné d’entrée de jeu par le président sortant du Conseil, le Dr Albert Ichakou, qui a axé son intervention sur l’impératif de la souveraineté financière. En rappelant que l’ONVC fonctionne sans aucune subvention extérieure, il a lancé un appel vibrant à la mise en règle des cotisations membres. Pour le Dr Ichakou, la contribution de chaque vétérinaire n’est pas qu’une obligation légale, mais le moteur essentiel du développement d’un Ordre capable de défendre les intérêts de ses membres face aux pressions économiques et aux exigences de santé publique de plus en plus complexes.
Un mandat sous le signe de la croissance numérique
Le Secrétaire Général de l’ONVC, le Dr Bourdanné, a pris le relais pour présenter un bilan administratif marqué par une explosion démographique sans précédent au sein du tableau de l’Ordre. S’appuyant sur le cadre réglementaire de la loi 90, il a révélé que 46 % des inscriptions totales depuis 2015 ont été réalisées sous le mandat actuel, soit 267 nouveaux inscrits. Cette dynamique est portée par une féminisation galopante de la profession : alors que les femmes ne représentaient que 17 % des effectifs en 2020, elles constituent désormais 30 % des nouveaux arrivants chaque année. Le rapport souligne également une mutation géographique de la formation. Si le Sénégal a longtemps été le pôle d’excellence, les écoles nationales camerounaises (Ngaoundéré, Buea, Bamenda) dominent aujourd’hui le marché du travail. Toutefois, cette croissance numérique rapide pose le défi de l’insertion et du contrôle de la qualité, l’Ordre ayant géré plus de 482 dossiers variés durant ce triennat, allant des agréments d’installation à l’ouverture de succursales, tout en veillant au respect scrupuleux de la déontologie.
Les défis : Assainissement et souveraineté financière
L’un des points d’orgue de ce bilan réside dans le diagnostic sans concession de l’état du marché du médicament vétérinaire, véritable “ventre mou” du secteur. Le Dr Bourdanné a pointé du doigt des défaillances systémiques : aucun établissement pharmaceutique ne disposerait d’une autorisation de vente conforme aux dispositions en vigueur, et moins de 200 spécialités sont officiellement homologuées sur un marché pourtant saturé. Le défi de l’assainissement est colossal, notamment dans les régions septentrionales où les “charlatans” et les paraprofessionnels non inscrits dictent leur loi. Face à cette anarchie, l’Ordre a multiplié les missions de terrain dans l’Extrême-Nord, le Littoral et le Centre, procédant à des saisies importantes grâce à l’appui des services déconcentrés de l’État. L’enjeu pour le prochain mandat sera de transformer ces actions ponctuelles en un système de régulation pérenne, tout en luttant contre l’absence systématique de prescriptions vétérinaires, un phénomène qui alimente l’antibiorésistance et menace la santé publique globale dans le cadre de l’approche “One Health”.
Innovation et Modernisation
Pour répondre à ces défis, l’ONVC a résolument pris le virage de la modernité. L’innovation majeure de ce mandat est sans conteste l’introduction d’une carte professionnelle biométrique intelligente. Cet outil, présenté via une démonstration interactive, permet de vérifier en temps réel, grâce à une connexion internet, si un praticien est effectivement inscrit au tableau de l’Ordre. C’est un rempart technologique contre l’usurpation de titre, déjà salué par des organisations sœurs au Canada et au Rwanda. Parallèlement, le cadre déontologique a été entièrement rénové en juin 2024 pour clarifier les exigences minimales entre cabinets, cliniques et hôpitaux vétérinaires, tout en instaurant une obligation de formation continue. Cette modernisation vise à redorer le blason d’une profession qui se bat également sur le front de la fiscalité et de la protection de son périmètre d’exercice face aux inspections abusives d’autres administrations.
Transparence financière
La clarté des comptes a été le dernier pilier de cette première journée, avec la présentation par le Dr Yepka du bilan financier couvrant la période du 20 juin 2024 au 3 février 2026. Avec un montant total d’entrées s’élevant à 33 049 741 Fcfa, l’Ordre a démontré une gestion rigoureuse malgré ses ressources limitées. L’essentiel des investissements a été capté par l’organisation des Assemblées Générales (15,4 millions Fcfa) et la célébration des journées mondiales de la rage et des vétérinaires (3,9 millions Fcfa), vecteurs essentiels de visibilité. Le fonctionnement quotidien du bureau et l’entretien du siège ont nécessité 1,6 million Fcfa, tandis que 1,4 millions Fcfa a été consacré à la présence de l’Ordre dans les instances de décision et les cérémonies sociales. Ce quitus financier accordé par les membres ouvre la voie à la seconde phase de l’événement : l’élection prévue ce vendredi. Le Dr Albert Ichakou, fort de ce bilan de transformation, tentera de briguer un nouveau mandat de trois ans avec pour ambition de parachever la cartographie des structures vétérinaires et de résoudre la problématique épineuse du siège social de l’Ordre.













































































































































































































































































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