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Zoo de Mvog-Betsi : le poumon vert de Yaoundé étouffe sous le poids des ans

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Créé en 1951, le plus ancien parc animalier du Cameroun n’en finit pas de vieillir.

À deux pas de la Garde Présidentielle, dans le quartier Mvog-Betsi, un vieux sage de 75 ans assiste, impuissant, à sa propre dégradation. Créé en 1951, le Jardin Zoo-Botanique de Yaoundé, premier parc animalier du Cameroun, n’est plus que l’ombre de lui-même. Entre enclos vétustes et animaux vieillissants, les défenseurs de la nature tirent la sonnette d’alarme. « L’arbre qui tombe fait plus de bruit que la forêt qui pousse », dit un proverbe africain. Le Jardin Zoo-Botanique de Mvog-Betsi, lui, tombe en silence, lentement, loin des projecteurs et des urgences présidentielles. Et pourtant, ce poumon vert de quatre hectares, situé au cœur du 6e arrondissement de Yaoundé, mérite mieux que cette lente agonie.

Créé à l’aube des indépendances, en 1951, ce parc centenaire dans l’âme a vu défiler des générations de Camerounais. Des enfants des années 1960, venus découvrir pour la première fois un lion autrement qu’en image, aux familles d’aujourd’hui qui cherchent une échappée belle loin du tumulte de la capitale. Pendant soixante-quinze ans, il a rempli sa triple mission : conserver la faune menacée, éduquer les jeunes générations et offrir un espace de loisirs accessible à tous.

Accessible, il l’est encore. Avec un ticket d’entrée à 500 FCFA seulement, le zoo reste l’une des rares sorties abordables pour les familles yaoundéennes. Ouvert théoriquement 24h/24, même si les visites de nuit relèvent plus de la légende urbaine que de la recommandation pratique, il accueille chaque semaine des groupes scolaires, des touristes étrangers et des habitants du quartier.

Mais derrière les grilles, le constat est amer. Le temps n’a pas épargné les infrastructures. Les enclos, pour certains construits il y a plusieurs décennies, montrent des signes évidents de fatigue. Les routes d’accès autour du parc, elles-mêmes, ressemblent à un parcours du combattant pour les visiteurs qui arrivent en voiture. « Quand le puits n’a plus d’eau, on se souvient de celui qui l’a creusé », mais quand le zoo n’a plus d’entretien, on oublie ceux qui l’ont fréquenté.

La faune, pourtant riche, peine à trouver ses marques dans ce décor vieillissant. Les fauves – lions et hyènes – tournent en rond dans des espaces trop exigus. Les primates – mandrills multicolores, babouins facétieux et gorilles imposants – captivent toujours les visiteurs, mais leurs regards trahissent parfois une certaine lassitude. Les reptiles, des crocodiles du Nil aux boas constricteurs, semblent figés dans un temps suspendu. Seuls les perroquets à queue rouge, par leurs cris stridents, rappellent que la vie, elle, continue.

Le plus préoccupant, cependant, reste la question sécuritaire. Ces derniers mois, des inquiétudes ont grandi quant à l’étanchéité de certains enclos. Le ministère des Forêts et de la Faune a dû intervenir pour annoncer des mesures de sécurité renforcées. Car dans l’imaginaire collectif, le drame rôde toujours : et si un lion, un jour, trouvait une issue ? Et si un crocodile profitait d’une brèche ?

Ces craintes, si elles sont légitimes, ne doivent pas occulter l’essentiel : le zoo de Mvog-Betsi est avant tout un sanctuaire. Il abrite des espèces menacées, parfois saisies chez des trafiquants, parfois offertes par des particuliers qui ne pouvaient plus s’en occuper. Il est, à sa manière, un dernier rempart contre l’extinction.

Alors que les avis des visiteurs se partagent entre l’émerveillement des enfants et la déception des adultes face au manque d’entretien, une question demeure : quel avenir pour ce parc centenaire ? Des voix s’élèvent pour réclamer sa rénovation complète, d’autres proposent un partenariat public-privé, certaines imaginent même un déplacement vers un site plus adapté en périphérie de la ville.

« On ne démolit pas une case parce qu’elle est vieille, on la répare pour y abriter ses petits-enfants. » Le Jardin Zoo-Botanique de Mvog-Betsi est cette case-là. Celle qui a abrité des décennies de souvenirs, de découvertes et d’émerveillement. À l’heure où la biodiversité mondiale s’effondre, préserver ce sanctuaire urbain n’est pas une option, c’est une obligation morale. Car en sauvant le zoo de Mvog-Betsi, c’est un peu de nous-mêmes que nous sauvons. Une part d’enfance, une part de mémoire, une part de cette humanité qui, comme les animaux derrière les grilles, a besoin de nature pour respirer.

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Elvis Serge NSAA DJOUFFO TALLA est un journaliste camerounais spécialisé en santé et enquêtes de terrain, actuellement rédacteur en chef adjoint au groupe Echos-Santé. Lauréat de plusieurs prix nationaux pour ses reportages sur la tuberculose et le VIH, il allie rigueur factuelle et engagement pour les droits humains, notamment à travers des enquêtes sur l’accaparement des terres, la mortalité minière ou l’accès aux soins. Sa démarche s’appuie sur une expertise vérifiée, renforcée par une formation en vérification des faits et un engagement continu pour un journalisme porteur de changement social.

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