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LA GRANDE INTERVIEW

Pr Yannick Bilong, président de la Société camerounaise d’ophtalmologie : « Nous devons prêcher par les actes »

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Élu à la tête de la Société camerounaise d’ophtalmologie (SCO) à l’issue du 31e congrès annuel, le Pr Yannick Bilong entend insuffler une dynamique nouvelle. Dans cet entretien, il revient sur son élection, ses priorités notamment l’harmonisation des pratiques et la formation continue et sa vision d’une gouvernance tournée vers l’exemplarité et le service des patients.

Pr Yannick Bilong, Vous venez d’être élu président de la Société camerounaise d’ophtalmologie ce 28 février 2026 à Yaoundé, à l’issue du 31 congrès annuel qui s’est tenu pendant deux jours et qui s’achève cet après-midi avec l’assemblée générale élective. Pouvez-vous revenir sur le processus qui a conduit à cette élection et nous dire comment vous vous y êtes préparé ?

Il s’agit d’une élection statutaire qui intervient tous les deux ans, conformément aux dispositions qui régissent notre société savante. Je me suis porté candidat, et mes confrères, mes aînés, m’ont élu à la tête de notre association. C’est un processus démocratique qui s’est déroulé dans d’excellentes conditions, dans un esprit de fraternité et de respect mutuel.

Qu’est-ce qui a motivé cette candidature ? Est-ce une sollicitation de vos pairs, qui auraient perçu en vous des qualités de leader, ou une ambition personnelle de prendre les rênes de l’association ?

Les deux, en réalité, se sont conjugués. Au sein d’une association savante, on grandit progressivement, on se voit confier des responsabilités, on apprend, on fait ses armes. J’ai eu l’honneur d’occuper le poste de secrétaire général il y a deux ans, ce qui m’a permis d’acquérir une connaissance approfondie du fonctionnement de notre société. On mûrit ainsi au fil des années, et lorsqu’on estime avoir atteint une certaine maturité professionnelle et institutionnelle, lorsqu’on sent que l’on peut apporter une contribution significative supplémentaire, on se présente naturellement. Ce sont ensuite vos pairs qui jugent de votre capacité à les représenter et à conduire les destinées de l’association.

Quels étaient les autres candidats en lice ? Comment s’est déroulée la campagne et quel a été le résultat du scrutin ?

Le scrutin s’est déroulé à la majorité absolue, dans un climat de grande sérénité. Je préfère ne pas m’appesantir sur le détail des candidatures adverses ni sur le score obtenu, car l’essentiel est ailleurs. La Société camerounaise d’ophtalmologie est avant tout une grande famille. Ceux qui ne m’ont pas accordé leurs suffrages aujourd’hui sont, comme les autres, appelés à œuvrer main dans la main avec la nouvelle équipe pour élever toujours plus haut notre discipline et notre association. L’union et la cohésion doivent désormais primer.

Quels sont vos chantiers prioritaires à court, moyen et long terme ? Quelles sont les premières résolutions que vous allez prendre pour assurer le bon fonctionnement de la société ?

À très court terme, ma priorité est de constituer une équipe dirigeante solide et représentative de la diversité de nos membres. Ensuite, nous élaborerons un plan de travail ambitieux mais réaliste, que nous soumettrons à l’assemblée générale pour validation. Je suis attaché à une gouvernance transparente, où chaque décision importante sera partagée et discutée. Une fois ce cap franchi, nous passerons à l’exécution, avec un suivi rigoureux et une évaluation permanente de nos actions. À plus long terme, l’objectif de toute association savante est d’élever ses membres, de leur apporter des avantages tangibles, de valoriser leur expertise et de renforcer leur crédibilité scientifique et professionnelle. En élevant nos membres, nous élevons la profession tout entière. Or, nos membres ont pour mission fondamentale de soigner les Camerounais. Si nous parvenons à les soutenir sur les plans scientifique et professionnel, à les maintenir en permanence à la pointe de l’actualité de leur discipline, alors les populations ressentiront concrètement cette amélioration. Un soignant épanoui, entouré, formé en continu, est un soignant plus performant sur le terrain.

Vous évoquez la formation continue. Comment comptez-vous organiser cette montée en compétences pour renforcer les capacités des ophtalmologues, y compris ceux qui exercent en zones reculées ?

Il s’agit d’abord d’assurer une continuité. La Société camerounaise d’ophtalmologie a déjà mis en place un système de formation continue et de partage de l’information scientifique qu’il convient de pérenniser. Nous ne partons pas de rien, et il serait malhonnête de prétendre réinventer la roue. Mon rôle sera d’enrichir ce processus existant en y intégrant les apports et les suggestions de chacun, de l’enrichir collectivement. Bien entendu, avec la nouvelle équipe, nous apporterons également des innovations, des formats inédits, des thématiques nouvelles, en fonction des besoins exprimés par nos membres.

Qu’est-ce qui, dans l’état actuel des choses, vous semble constituer le principal point à améliorer en priorité ? Y a-t-il une urgence qui s’impose à votre esprit en ce moment même ?

L’un des défis majeurs que je souhaite relever est celui de l’harmonisation des pratiques et du partage d’expériences. Il est essentiel que chaque ophtalmologue camerounais, qu’il exerce dans un grand centre hospitalier universitaire ou dans un district sanitaire isolé, puisse bénéficier de l’expérience de ses pairs et, en retour, partager la sienne. La science ne se construit pas uniquement à partir de ce qui vient de l’extérieur, des standards internationaux ou des recommandations venues d’ailleurs. Elle se nourrit aussi, et peut-être surtout, de nos expériences locales, de nos spécificités, de nos réussites comme de nos difficultés. Faire en sorte que l’expérience d’un confrère exerçant dans une zone périphérique soit connue et exploitée par celui qui travaille dans une métropole, et vice-versa, sera l’un de mes chevaux de bataille. C’est en mutualisant ainsi nos savoirs que la science ophtalmologique camerounaise pourra véritablement émerger et rayonner.

Comment comptez-vous inciter les jeunes ophtalmologues fraîchement diplômés à s’inscrire à l’Ordre et à adhérer pleinement aux valeurs de la discipline ? Quel message souhaitez-vous leur adresser ?

Pour attirer les jeunes vers notre spécialité et les fidéliser à notre société savante, la réponse est simple, presque évidente : il faut agir, et agir avec excellence. Il faut obtenir des résultats tangibles sur le terrain. Si nous, les anciens, les praticiens confirmés, sommes inspirants, si nous prêchons par l’exemple en menant une pratique irréprochable, éthique et scientifiquement rigoureuse, les jeunes seront naturellement attirés. Il n’y a pas de discours, de planification complexe ou de stratégie de communication sophistiquée qui vaille. Il s’agit simplement de mettre en œuvre, chaque jour, avec conscience et dévouement, ce pour quoi nous avons été formés durant de longues années. Si nous le faisons bien, cela suscitera l’admiration et l’émulation. C’est en faisant toujours mieux notre travail que nous deviendrons des modèles.

La communication est souvent perçue comme le point faible des sociétés savantes en santé. Que comptez-vous faire pour mieux faire connaître votre association au grand public et, ce faisant, susciter des vocations chez les plus jeunes ?

Je reviens à ma conviction profonde : la meilleure communication, c’est d’abord de bien soigner les Camerounais. Si je prends soin de la grand-mère d’un jeune Camerounais, si je lui rends la vue, ce jeune s’intéressera à ce que je fais. Il voudra comprendre comment j’ai pu transformer la vie de son aïeul. Si nous améliorons l’enseignement de l’ophtalmologie auprès des étudiants en médecine, si nous prenons le temps de les former, de les écouter, de les encadrer, ils s’intéresseront à notre discipline. Il faut prêcher par les actes, non par les discours. C’est mon approche de la vie : agir, évaluer, et laisser chacun se faire son opinion à partir des résultats obtenus. La communication institutionnelle viendra en soutien, mais elle ne doit jamais se substituer à l’essentiel : la qualité et l’impact de nos actions.

Pour terminer, Monsieur le Président, quel message souhaitez-vous adresser à vos confrères ophtalmologues, notamment à ceux qui hésitent encore à adhérer pleinement à la philosophie de la Société camerounaise d’ophtalmologie ? Et quel message pour les autres professionnels de santé avec lesquels vous travaillez en collégialité, dans cette nécessaire interconnexion entre spécialités médicales ?

À mes confrères, je demande d’abord de l’objectivité. C’est en étant objectifs, en formulant des retours sincères et constructifs sur les actions que nous mènerons, que nous pourrons nous améliorer en permanence. Nous ne cherchons qu’à impacter positivement notre discipline et la santé oculaire de nos compatriotes. La participation active de tous, les critiques bienveillantes comme les suggestions, seront notre meilleur moteur. À nos collègues des autres spécialités, je redis notre engagement à travailler main dans la main. L’ophtalmologie n’est pas une discipline isolée ; l’œil est le miroir de nombreuses pathologies générales. Nous continuerons à renforcer ces liens indispensables pour une prise en charge globale et optimale de nos patients.

Une dernière question, plus personnelle : serez-vous un président « père fouettard » ou un président « père Noël » ?

 (Rires) Un président doit être tout à la fois, en fonction des circonstances et des nécessités. Il doit savoir exiger quand il le faut, et encourager quand c’est nécessaire. L’essentiel est de rester juste, équitable et au service de l’intérêt général.

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Elvis Serge NSAA DJOUFFO TALLA est un journaliste camerounais spécialisé en santé et enquêtes de terrain, actuellement rédacteur en chef adjoint au groupe Echos-Santé. Lauréat de plusieurs prix nationaux pour ses reportages sur la tuberculose et le VIH, il allie rigueur factuelle et engagement pour les droits humains, notamment à travers des enquêtes sur l’accaparement des terres, la mortalité minière ou l’accès aux soins. Sa démarche s’appuie sur une expertise vérifiée, renforcée par une formation en vérification des faits et un engagement continu pour un journalisme porteur de changement social.

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