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Recrutement spécial des personnels soignants : 5 000 candidats pour 920 places. Soit un ratio de près de six postulants pour un siège

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Sur les 920 lauréats attendus, 250 seront des médecins généralistes, 200 des sagesfemmes, 200 des aidessoignants en santé communautaire, 90 des pharmaciens, 90 des chirurgiensdentistes, 45 des ingénieurs biomédicaux et 45 des techniciens biomédicaux.

Il est 7 h 30, ce samedi 28 mars. Les artères de la capitale camerounaise vibrent d’une fièvre inhabituelle. Devant trois établissements scolaires transformés en temples de la sélection, des grappes de jeunes gens en tenue sobre patientent, cartable en bandoulière, regard tendu vers l’entrée. Ils ne sont pas venus pour une simple composition : ils portent les espoirs de toute une génération de professionnels de santé privés d’emploi public. Quelques minutes plus tard, plus de 5 000 candidats, venus des dix régions du Cameroun, se mesurent à un concours d’une sélectivité impitoyable : 920 places seulement. Soit un ratio de près de six postulants pour un siège. « C’est comme un sacerdoce », glisse un jeune médecin généraliste originaire de Garoua, le souffle court. « On a quitté nos familles, nos stages, pour cette seule journée. Le pays nous attend. »

Derrière l’effervescence des salles d’examen se cache une réalité plus sombre, que ce concours d’envergure nationale n’a fait que rappeler. Le système de santé camerounais souffre d’un déficit criant de personnels qualifiés. Devant la Commission des finances de l’Assemblée nationale, le ministre de la Santé avait révélé en 2021 un besoin de près de 55 000 agents. Les chiffres, actualisés par la Direction des ressources humaines, font état d’un manque d’environ 2 000 médecins spécialistes, de 500 médecins généralistes et de plus de 30 000 infirmiers. Parallèlement, l’exode des talents ne faiblit pas : l’Ordre des médecins du Cameroun estimait en 2024 que 4 200 professionnels de santé, principalement des spécialistes, exerçaient désormais hors des frontières nationales, attirés par des conditions de travail et de rémunération plus attractives.

Cette pénurie a des conséquences tangibles. Une enquête régionale de l’OMS indique que la densité médicale au Cameroun plafonne à 0,9 médecin pour 10 000 habitants, un seuil bien loin des standards internationaux minimaux (4,45 professionnels pour 1 000 habitants). C’est dans ce contexte que le chef de l’État, lors de son adresse à la nation du 31 décembre 2024, a annoncé une série de mesures fortes : « J’ai décidé de la contractualisation de 9 944 personnels de santé sur une période de cinq ans. Ce recrutement spécial contribuera sans doute à la réduction du chômage des jeunes diplômés dans le secteur de la santé », avait-il déclaré, amorçant une dynamique dont les 920 postes actuels ne sont que la première vague.

L’arrêté signé le 4 février 2026 par le ministre de la Fonction publique et de la Réforme administrative, Joseph Lé, après visa préalable du Premier ministre, Chef du gouvernement, fixait la répartition avec une précision chirurgicale. Sur les 920 lauréats attendus, 250 seront des médecins généralistes, 200 des sages‑femmes, 200 des aides‑soignants en santé communautaire, 90 des pharmaciens, 90 des chirurgiens‑dentistes, 45 des ingénieurs biomédicaux et 45 des techniciens biomédicaux. Des profils pointus, souvent formés au prix de longues années d’études et de sacrifices financiers familiaux.

Samedi, ces 5 000 concurrents ont affronté une double épreuve : culture générale le matin, techniques spécialisées l’après‑midi. Dans les couloirs du lycée où se déroulait l’examen, un candidat au concours de pharmacien confiait, à voix basse : « Nous ne venons pas ici pour échouer. Mais avec six fois plus de candidats que de places, il faudra être parfait. Une faute d’inattention, une minute de retard, et c’est toute une année de préparation qui s’efface. » Aujourd’hui, ces mêmes candidats retiennent leur souffle, en attendant que les correcteurs ne départagent les copies.

Sur le terrain, le ministre Joseph Lé a supervisé l’ensemble des opérations, inspectant le Secrétariat technique sanctuaire de l’anonymat – et parcourant les salles d’examen. À l’issue de sa tournée, il a salué une « synergie gouvernementale exemplaire », associant les ministères de la Santé publique et des Enseignements secondaires, sous la coordination du Premier ministre. « C’est une belle illustration du travail d’équipe au service de l’intérêt général », a-t-il souligné, rappelant que cette opération s’inscrit dans un plan triennal ambitieux : 3 000 personnels de santé supplémentaires intégrés d’ici 2028, pour progressivement résorber les déserts médicaux qui frappent particulièrement les zones rurales.

La balle est désormais dans le camp du jury. Le ministre Joseph Lé a d’ores et déjà annoncé que les résultats seront proclamés dans les délais réglementaires. Pour plus de 4 000 participants, le verdict signifiera un retour à l’incertitude. Mais pour les 920 futurs lauréats, ce concours marquera l’entrée dans une Fonction publique qu’ils contribueront à revitaliser. Le maillage sanitaire des dix régions attend cette nouvelle sève. En attendant, Yaoundé a retrouvé son calme, mais dans les foyers et les cités universitaires, la fièvre du concours n’est pas encore retombée. Elle s’est muée en une attente obstinée, celle de la liste qui changera des vies.

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Elvis Serge NSAA DJOUFFO TALLA est un journaliste camerounais spécialisé en santé et enquêtes de terrain, actuellement rédacteur en chef adjoint au groupe Echos-Santé. Lauréat de plusieurs prix nationaux pour ses reportages sur la tuberculose et le VIH, il allie rigueur factuelle et engagement pour les droits humains, notamment à travers des enquêtes sur l’accaparement des terres, la mortalité minière ou l’accès aux soins. Sa démarche s’appuie sur une expertise vérifiée, renforcée par une formation en vérification des faits et un engagement continu pour un journalisme porteur de changement social.

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