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LA GRANDE INTERVIEW

« Je pense que nous avons des chances de réduire la prévalence du cancer »

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Dr Frédérique Mendouga est Oncologue radiothérapeute en service à l’Hôpital général de Douala avec elle, nous abordons l’épineux problème de la prise en charge du cancer dans mos formations sanitaires et plus précisément dans la formation qui l’emploie et l’apport de la CSU pour soulager financièrement les familles et les malades.

Est-ce que l’Hôpital général de Douala a les moyens nécessaires pour prendre en charge les malades vivant avec le cancer ?

Je dirais que oui, l’Hôpital général a les infrastructures nécessaires pour prendre en charge les patients atteints de cancer. Pourquoi je le dis ? Parce qu’au sein de l’hôpital général, les trois grands axes qui interviennent dans le traitement du cancer sont représentés. Donc, la radiothérapie, la chimiothérapie et la chirurgie. Et à l’hôpital général, on a des chirurgiens qui font de la chirurgie cancérologique aussi. On a des oncologues médicaux pour la chimiothérapie et on a des radiothérapeutes. Sur cette base-là, oui, effectivement, l’Hôpital général est doté d’un plateau permettant de prendre en charge les patients atteints du cancer.

Lorsque vous parlez du plateau, ça suppose que vous avez tout le nécessaire pour aller au plus loin parce qu’on sait quand même que c’est des problèmes très spécifiques. Est-ce que l’hôpital général s’est équipé pour faire face justement à cette maladie ?

Je vais dire quoi, a au moins, si je peux dire ainsi, le plateau technique de base nécessaire aux diagnostics et à la prise en charge. Et le directeur de l’hôpital dans sa volonté d’aller plus loin est également en train de mettre en place des stratégies pour améliorer son plateau technique, notamment avec le bâtiment dont, le ministre de la Santé est venu poser la première pierre le 22 septembre 2025, qui sera le bâtiment de médecine nucléaire et d’extension de la radiothérapie pour que, par exemple, en matière de radiothérapie, qu’on ait des équipements up to date. Notre appareil qu’on a actuellement nous permet de traiter les cancers, mais on vise l’excellence pour être en droite ligne avec les dernières recommandations.

Sur le plan de la chimiothérapie, de ce côté là aussi, avec les services d’anatomopathologie et le laboratoire, des doléances ont été faites pour proposer des examens de pointe qui se font actuellement ailleurs. Donc là, ce n’est pas encore totalement effectif, mais on tend vers ça. En fait, l’administration tend à vraiment améliorer ce qui est déjà existant.

Et c’est tout cet arsenal-là qui rend un peu plus cher la prise en charge du cancer aujourd’hui ?

Oui, c’est tout ça qui fait que la prise en charge du cancer a un coût assez important. Parce que ce n’est pas comme prendre en charge le paludisme, où vous avez besoin d’un examen, au maximum deux ou trois s’il faut rajouter des examens pour le retentissement de la maladie.

Mais pour le diagnostic du paludisme, si vous avez une goutte épaisse, ça vous permet déjà de poser le diagnostic. Et le traitement aussi est assez accessible et a des coûts moins importants. Concernant le cancer, ce qu’il faut savoir, c’est qu’on appelle tout cancer, mais tous les cancers ne sont pas les mêmes.

Il y a des cancers qui ont des particularités, il y a des cancers qui ont des spécificités, il y a des cancers qui ont une certaine agressivité, qui font en sorte qu’en fait, pour bien traiter le patient, il ne faudrait pas seulement savoir qu’il a un cancer, je dis par exemple du sein, mais il faudrait savoir, est-ce que ce cancer, par exemple, exprime les récepteurs hormonaux ? Est-ce que ce cancer exprime le HR2 ? Est-ce que sur le plan de la biologie moléculaire, comment est-ce qu’il se comporte ? Donc, il y a le diagnostic même qui est fait, mais il y a des examens à côté qui nous permettent de proposer à chaque patient, selon son sous-type de cancer, un meilleur traitement. Parce que normalement, tous les cancers ne doivent pas être traités pareil. Donc, c’est dans cette optique-là que, voilà, c’est beaucoup d’examens à faire.

C’est des examens aussi qui, parfois, prennent du temps à sortir, surtout s’il faut encore envoyer à l’extérieur sous-traiter avant de recevoir les résultats. Et tout ça, ça a un coût. Maintenant, en dehors de cet aspect-là, s’il faut faire, pour le même cancer, le bilan, ce qu’on appelle le bilan

Je prends toujours le cancer du sein qui est plus facile. Bilan locorégional, on va vous dire, on va faire la mammographie et l’échographie mammaire. Ça, va nous dire ce qu’il y a dans le sein et dans les selles. Mais avant de traiter, il faut qu’on sache, est-ce que le cœur va bien ? Est-ce qu’il n’y a rien dans les poumons ? Est-ce qu’au niveau des examens de sang, le patient même est apte à supporter le traitement qui lui sera proposé ? Donc, en dehors du bilan locorégional, il y a le bilan d’extension de la maladie. Il y a le bilan même des comorbidités, parce que le patient est traité dans sa globalité, puisque les traitements sont assez lourds.

Vous voyez que là, je ne parle encore que du diagnostic. Quand on arrive au traitement, il y a très peu de cancers qui se traitent avec une seule modalité de traitement. La plupart des cancers, on va vous dire, c’est chirurgie, puis radiothérapie.

Ou alors, c’est chimiothérapie, puis chirurgie, puis radiothérapie. C’est toujours des stratégies combinées. La chirurgie a son coût, la chimio a son coût, la radiothérapie à son coût. Heureusement pour nous, dans notre structure, la radiothérapie est subventionnée à 50 000 francs, quel que soit le nombre de séances. Donc là, c’est vraiment une aide qu’on a apportée à la population. C’est déjà une grosse aide d’avoir toutes les séances de radiothérapie à 50 000 Fcfa.

Mais il reste la chimio. Dans les pharmacies, vous ne pouvez pas exiger qu’ils fassent des réductions à des malades sur les protocoles, les médicaments de chimio que vous prescrivez, parce qu’eux-mêmes, ils les achètent hyper cher. Donc, c’est toutes ces choses-là, avec des examens qu’il faut faire tout le temps pour savoir si oui, après cette chimio, est-ce qu’on peut continuer ? Il faut faire un bilan d’évaluation. Est-ce que ça a répondu au premier traitement ? Est-ce que maintenant, on peut opérer ? Donc, il y a beaucoup de choses qui entrent en jeu qui font que la prise en charge du cancer, vraiment, et sur le plan financier, c’est lourd pour les populations.

Alors, docteur, dites-moi alors, puisque vous parlez de cherté, et il y a une politique mise au pied par le ministère de la Santé qui parle de la couverture santé universelle. Est-ce cela vient améliorer la prise en charge du cancer ? Qu’est-ce que ça apporte de façon concrète pour aider les malades à supporter les coups ?

De façon concrète, en oncologie, je ne saurais me prononcer. Je ne parle que pour l’Hôpital général, Parce que je ne pourrais pas dire, par exemple, comment se passe la chimiothérapie dans un autre hôpital. Mais de façon concrète, à l’Hôpital général, ce qui aide vraiment les patients, c’est la subvention de l’État pour la radiothérapie, où toutes les séances de radiothérapie reviennent à 50 000 Fcfa, quel que soit le nombre. C’est vraiment l’avancée majeure qu’on a eue.

Maintenant, concernant la Couverture santé universelle proprement dite, je ne saurais me prononcer là-dessus parce qu’à mon niveau, je n’ai pas encore vu l’impact. Je ne sais pas, peut-être que c’est encore un peu tôt pour parler. Peut-être qu’il y a des choses qui sont faites au niveau de l’administration et dont nous n’avons que les répercussions sans forcément savoir que ça découle de là. Mais pour le contexte dans lequel je suis, c’est la subvention de l’État concernant la radiothérapie. Maintenant, l’hôpital, par contre aussi, tient quand même à apporter son aide à ces malades de cancer.

Et c’est pour ça que nous, ici, nous avons des tarifications sur les examens. On a regroupé les principaux examens qui sont fréquemment demandés chez les patients atteints de cancer. Et pour ces principaux examens-là, l’hôpital général leur fait une réduction.

Ça veut dire que pour tel examen, si vous, vous venez dans le service de cancérologie, vous pouvez avoir un prix, je dis au hasard, à 10.000 francs. Alors que si quelqu’un d’autre va se faire consulter dans le service de neurologie ou en consultation externe d’autres choses, que ça revienne peut-être à 12.000 ou à 13.000 Fcfa. Donc pour les examens les plus fréquemment demandés ici, les patients ont une réduction.

C’est pour tout le monde ?

C’est pour les patients qui sont suivis en cancérologie. Oui, c’est ce que je voulais dire. Il n’y a pas de distinction parce qu’au premier, il y a quand même le coach vulnérable. C’est sans distinction. Par contre, la distinction se fait pour les patients assurés qui payent le prix normal. Mais pour tous ceux qui payent en espèces, on n’a pas stratifié ça par couche sociale, si je peux le dire ainsi.

Quels sont les types de cancers que vous rencontrez souvent ici ? Vous avez dit plus haut que chaque type a son examen précis….

Les plus courants, c’est le cancer du sein, le cancer du col, le cancer de la prostate et ce qu’on appelle les cancers ORL. Ce sont les cancers les plus fréquents que l’on rencontre ici. Mais sinon, on a globalement affaire à tous les types de cancers.

Des prises en charge comme celles-là ne vont pas sans difficultés. Vous vous en faites face certainement….

S’il faut parler de difficulté, je dirais parfois la difficulté pour nous, c’est l’inaccès à certains examens. Par exemple, s’il y a un patient qui vient avec un cancer du sein et que je ne puisse pas avoir l’immunohistochimie, qui est un examen moléculaire, ça peut être un frein à la stratégie thérapeutique. On va le traiter, certes, mais on va le traiter de façon standard. Pourtant, ayant cet examen, on pourrait ajuster son traitement. Savoir qu’il a plus besoin de chimiothérapie. Qu’il a besoin de thérapie ciblée. Il a besoin d’hormonothérapie, par exemple. Donc ça, c’est sur le plan du diagnostic.

Sur le plan de la prise en charge, c’est les limites financières des patients. Parce que quand vous avez posé le diagnostic, vous discutez avec votre patient pour lui dire qu’il faudra faire ça, ça et ça. Si le patient n’a pas d’argent pour le faire, ça ne sera pas fait.

Parfois, on a des patients à qui on remet des ordonnances de chimiothérapie, qui n’ont pas les moyens de s’acheter tous ces médicaments. Ou alors des patients à qui on dit qu’il faut faire de la chirurgie, qui n’ont pas ces moyens. La chance qu’on a sur le plan social, c’est que la plupart de nos patients sont accompagnés.

Rares sont ceux qui sont vraiment seuls pour gérer la maladie, seuls pour supporter tous les frais. Il y a quand même cette entraide à l’africaine, si on va dire ça comme ça. Donc c’est sur ça qu’on se bat souvent, de dire oui, essayez de faire, asseoir la famille.

On leur fait une pro-forma pour leur dire voilà ce que ça peut coûter. Même si vous ne payez pas ça en une fois, mais au fur et à mesure, essayez de trouver de l’argent pour faire telle chose. Et parfois aussi on fait appel au service social pour les patients qui présentent des difficultés financières. Donc je dirais que c’est les principales difficultés qu’on rencontre au quotidien.

Donc votre engagement c’est pour tordre le cou au cancer. Vous avez l’impression que le Cameroun a les chances de réduire le taux de prévalence du cancer un jour ?

Je pense que nous avons des chances de réduire la prévalence du cancer, que ce soit la prévalence ou l’incidence ou même la mortalité liée au cancer.

Pourquoi vous le dites ?

Parce que ce qu’on n’arrive pas encore à faire. Et ce qu’on n’arrive pas encore à faire, c’est agir en amont. Le cancer est une maladie insidieuse. Quelle que soit la partie du monde dans laquelle vous vous trouvez, une fois qu’un cancer est bien avancé, les taux de survie sont très bas, quelles que soient les modalités thérapeutiques utilisées.

Donc ce qu’il faut faire, c’est agir en amont. C’est de sensibiliser les populations, de faire ressortir ce qui peuvent être les facteurs de risque des différents cancers. Vraiment sensibiliser les populations, leur dire que, l’alcool et le tabac, par exemple, représentent la cause d’à peu près 60% des cancers.

De leur dire, voilà, quand vous avez des rapports sexuels non protégés et que vous êtes exposé au HPV sans être vacciné, ça augmente le risque de faire un cancer du col de l’utérus chez la femme. Donc il faut agir en amont, vraiment mettre l’accent sur la prévention. Parce que de toute façon, une fois que la maladie est installée, les coûts sont très importants.

Si on arrive à agir sur la prévention ou le dépistage précoce, c’est-à-dire des politiques de dépistage qui nous permettent de vraiment suivre toute la population, de découvrir assez précocement le cancer, c’est plus facile de traiter ainsi et ça prend moins de modalités thérapeutiques même. Par exemple, pour un cancer du col, lorsqu’il est découvert très tôt, si on fait peut-être un frottis de dépistage parce qu’on est dans le mois de juin vert et on organise une campagne de dépistage au cancer du col, et qu’on tombe sur une lésion qui est encore très petite, normalement on vous fait une chirurgie et le reste c’est de la surveillance. Très rarement on a besoin de faire un traitement après.

Quand c’est vraiment une petite tumeur, on l’enlève et c’est fini. Mais par contre, quand vous arrivez à l’hôpital parce que vous avez déjà des saignements alors que ce n’est pas la période des règles ou alors que vous ne voyez même plus vos règles, on va vous dire qu’il faut faire de la chimio, il faut faire de la radiothérapie et après c’est décidé de la suite en fonction de comment est-ce que vous avez répondu à la chimio ou à la radiothérapie. Donc c’est plus lourd, c’est plus long.

Donc vraiment si les politiques de dépistage pouvaient être un peu mieux vulgarisées, les symptômes précoces aussi des différents cancers vulgarisés jusqu’au fin fond des villages. Je pense qu’on pourrait vraiment diminuer l’incidence et la mortalité liées au cancer.

Docteur, quel est l’apport de la médecine traditionnelle dans la prise en charge des cancers ?

Je n’aime pas me prononcer sur des choses que je n’ai pas expérimentées ou bien sur des choses pour lesquelles je n’ai pas des études avec des résultats scientifiques. Ce que je dirais, c’est que, pour sûr, il y a plein de médicaments qui sont dérivés de plantes. Donc, je ne vais pas nier le fait que, dans la nature, il y a des substances qui peuvent aider à traiter telle ou telle pathologie, pas seulement le cancer.

Ça, je ne peux pas le nier parce que je n’ai pas non plus la preuve que ça ne marche pas. Tout à fait. D’accord. Mais la médecine traditionnelle me pose un problème dans la mesure où, pour la plupart, ce ne sont pas des choses qui sont contrôlées. Ce ne sont pas des choses qui ont des posologies bien définies. Ce ne sont pas des choses pour lesquelles le suivi se fait de façon régulière.

Parce que, je prends un exemple. Quelqu’un qui découvre une écorce. Bon, pas qui découvre, l’écorce existe. Et son grand-père lui avait dit que cette écorce-ci peut soigner le cancer. Quand son grand-père faisait bouillir l’écorce, il prenait telle quantité, même s’il ne pesait pas. Il savait à peu près que cette quantité-ci, je dois la mettre dans une marmite et rajouter 10 litres d’eau.

Et que vous preniez cette écorce et que vous la fassiez bouillir dans 20 litres d’eau. Ou que vous la fassiez bouillir pendant 2 heures alors que le grand-père faisait bouillir pendant 30 minutes. Ce n’est pas sûr que vous ayez la même efficacité.

Maintenant, quand vous avez même déjà fait et que vous donnez à un patient, vous lui dites, « Bois un verre matin, midi et soir» Le verre correspond à combien de millilitres ? Est-ce qu’il a les verres à eau chez lui ? Est-ce qu’il a les gros verres à bière ? Est-ce qu’il a les gobelets ? Est-ce que vous ne savez pas ? Et après, c’est de lui dire, « Bois, bois, bois » Et quand tu vas voir quelque chose va commencer à sortir de ton corps, c’est la maladie qui sort. Je veux dire, quelqu’un voit du sang, il est en train de perdre du sang. Il va rester encore 2 semaines à la maison parce qu’il se dit que c’est la maladie qui est en train de sortir alors qu’il est en train de se vider de son sang. C’est dans cette mesure-là que je dis, pour la pharmacopée traditionnelle, je préfère ne pas me prononcer.

Il n’y a pas moyen de créer des plateformes pour essayer de voir si ça peut vous aider dans la prise en charge ?

On aimerait bien. Et c’est pour ça que je dis, peut-être que c’est notre présence faible sur les réseaux sociaux. Parce qu’une fois que j’ai fini la consultation ici, je n’ai pas forcément la force de m’asseoir 3 heures de temps sur Facebook pour animer un direct ou bien répondre aux messages dans un forum. Et vous voyez que si vous créez un forum, par exemple, mais que vous n’êtes pas réactif, vous perdez l’enthousiasme de vos abonnés.

Combien de malades vous recevez par jour dans tout le service ? Par exemple, vous ?

Par jour, disons que j’ai une dizaine de patients en moyenne en consultation. Maintenant, dans cette dizaine de patients, tous ne sont pas des nouveaux.

Il peut y avoir des nouveaux. Il peut y avoir des patients en traitement chez qui je fais la surveillance ou il peut y avoir des patients qui ont même déjà été traités et qui viennent juste à leur rendez-vous de surveillance post-thérapeutique. Mais je dirais en moyenne 10 patients par jour.

Il y a des jours où c’est vraiment plus. Les lundis, c’est souvent très bondé parce qu’il y a ceux qui ont eu leurs problèmes le week-end. Il y a les références de ceux qui viennent d’autres villes, qui profitent du week-end pour voyager et venir en consultation le lundi.

Entretien mené par Alphonse Jènè

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