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CENAME : Au cœur du sanctuaire où chaque carton sauve une vie

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Dans l’entrepôt, chaque carton est traqué, pointé et photographié avant chargement, garantissant une parfaite adéquation entre la commande et l’expédition.

Sous scellés et accompagnés d’un agent dédié, les médicaments voyagent avec des règles strictes (pas de nuit) et un monitoring température pour les produits sensibles.

À destination, la livraison est vérifiée contre le bordereau de pointage, bouclant ainsi la boucle de traçabilité et validant l’arrivée complète de la commande jusqu’au partenaire régional de santé.

Sous la Présidence de Marie Mélanie BELL et la Direction Générale du Dr SALIHOU SADOU, la CENAME a entamé une métamorphose stratégique. Leur leadership conjoint traduit concrètement les ambitions du décret d’avril 2024, plaçant la centrale au cœur de la souveraineté pharmaceutique nationale.

L’air est frais, l’éclairage est cru, le silence n’est troublé que par le crissement des stylos sur le papier et le frottement des cartons sur le sol. Ici, dans l’immense entrepôt de la Centrale Nationale d’Approvisionnement en Médicaments et Consommables Médicaux Essentiels E(CENAME), on ne parle pas en millions de CFA, mais en vies. Chaque boîte d’antirétroviraux, chaque blister d’antipaludique représente un patient, une famille, un espoir de guérison. « Notre mission ne se limite pas à stocker et à expédier. Elle consiste à garantir, sans faille, que le bon médicament, en bonne quantité, en parfait état, arrive au bon endroit, au bon moment. C’est une question d’éthique et de souveraineté sanitaire », explique d’emblée Dr SAME David Donald, Docteur en Pharmacie, pointant ainsi l’esprit du décret d’avril 2024 qui réaffirme le rôle pivot de la CENAME dans la sécurisation de la chaîne d’approvisionnement pharmaceutique au Cameroun. En ce matin de chargement pour les régions du Sud, de l’Est et du Sud-Ouest, nous avons infiltré ce sanctuaire de la logistique vitale, pour comprendre comment la théorie se traduit en actes, sous le contrôle d’hommes et de femmes pour qui la précision est une religion.

Le cerveau de la logistique : planification et conformité

Au début de la chaîne, il y a la planification. Dans un bureau adjacent à l’entrepôt, les plannings de la semaine sont affichés. Aujourd’hui, trois camions doivent être chargés. Le premier, que nous suivrons, est destiné au Sud. « Le processus est extrêmement structuré, car la moindre erreur a des conséquences humaines », introduit un cadre de la logistique. « Un comité de vérification du comptage, de la préparation et du colisage est systématiquement mobilisé. Son rôle est absolument crucial : il est le gardien de la conformité entre ce qui a été commandé, ce qui a été préparé, et ce qui sera effectivement livré. »

Cette rigueur administrative est le premier pilier de la nouvelle politique. « Nous ne travaillons plus en silo. Chaque expédition, qu’elle concerne les antirétroviraux du Comité National de Lutte contre le SIDA (CNLS), les antipaludiques du Programme National De Lutte Contre Le Paludisme (PNLP), ou les médicaments essentiels acquis sur fonds propres, suit le même protocole irréprochable. Les documents – bons de commande, plans de répartition nationaux, fiches de préparation – doivent être parfaitement concordants. C’est la traçabilité absolue exigée par le décret », poursuit-il.

Des produits vitaux, des volumes colossaux

De quoi parle-t-on concrètement ? « Il s’agit du cœur de notre mission de service public », rappelle un responsable. « Nous distribuons les médicaments essentiels qui sauvent des vies quotidiennement. Une grande partie provient des programmes de santé publique financés par des partenaires internationaux, comme les traitements contre le VIH/sida pour le Conseil National de Lutte contre le Sida (CNLS) ou contre le paludisme pour le Programme National de Lutte contre le Paludisme (PNLP). La CENAME est aussi acheteur direct auprès de fournisseurs locaux et internationaux pour étoffer le panier de soins. » L’ampleur est vertigineuse : « Nous pouvons réceptionner entre 10 000 et plus de 100 000 cartons par an. Chacun doit être contrôlé, stocké dans des conditions optimales, puis redirigé vers la bonne destination. C’est un défi logistique permanent, où la qualité ne doit jamais être sacrifiée à la quantité. Nos procédures d’assurance qualité sont notre bible. »

Sur la ligne de front : le ballet du chargement

Dans l’entrepôt, l’activité bat son plein. D’un côté, des piles de cartons soigneusement étiquetés « Nord-Ouest », « Ouest », « Centre » attendent leur tour. Au centre, le camion pour le Sud est en cours de remplissage. La scène est parlante : d’un côté, des magasiniers, muscles bandés, chargent les cartons avec une efficacité rôdée. De l’autre, assis autour d’une table pliante, des membres du comité de vérification, le regard rivé sur leurs feuilles de pointage, forment un contrepoint studieux et essentiel. « Ma présence, avec celle du superviseur direct, est de vérifier l’effectivité et la conformité globale », explique un directeur opérationnel présent sur le pont. « Aujourd’hui, nous chargeons pour trois régions selon un plan national. Ce camion devait commencer à midi, nous sommes à l’heure. Chaque rôle est défini : responsable du pointage, manutentionnaires… Je ne quitte pas les lieux avant que la cargaison ne soit complète et sécurisée. » Il souligne un point critique : « Pour les produits thermosensibles comme certains vaccins ou médicaments, le contrôle va plus loin. Nous installons des dispositifs de monitoring de température dans les cartons. Cela nous permet de nous assurer, preuves à l’appui, que la chaîne du froid a été respectée jusqu’au patient final. C’est non-négociable. »

Le pointage : l’ultime rempart contre l’erreur

Parmi les vérificateurs, un homme concentré photographie méthodiquement un document. Il s’agit de M’ba Laurent, magasinier chargé de la livraison et coliseur. Son travail est la clé de voûte du processus. « L’exercice en cours est le colisage et le pointage. C’est la dernière étape avant que le camion ne ferme ses portes », explique-t-il. « Tous les cartons ont un numéro unique. Mon travail, avec le comité, est de vérifier que chaque numéro listé sur ce document – la liste de colisage – est bien présent physiquement et correspond aux quantités commandées pour le Fonds Régional de Promotion de la Santé du Sud. » Il nous montre la liste. On y voit des noms qui racontent une lutte sanitaire : Abacavir/Lamivudine 600/300 mg, Ténofovir, Dolutégravine 50 mg… « C’est un travail délicat. La moindre divergence entre le papier et la réalité doit être identifiée ici, maintenant. »

Pourquoi cette traque au numéro près est-elle si cruciale ? M’ba Laurent l’illustre par un exemple frappant : « Imaginons. Nous expédions 100 cartons d’un produit. Ils sont numérotés de 1 à 100 et listés ici. L’agent de livraison arrive au Sud et n’en décharge que 99. Que s’est-il passé ? Sans cette liste, c’est la confusion totale. L’agent est suspecté. On pense à une erreur de préparation ici. Le document, lui, dit que les 100 sont partis. Le problème est donc soit sur la route (vol, perte), soit au déchargement. Il protège tout le monde : l’agent de livraison, le responsable du magasin, et moi le coliseur. C’est une preuve objective, incontestable. Cela permet de remonter la piste et de corriger les processus si nécessaire. C’est ça, la traçabilité en action. C’est ce qui donne de la valeur à notre engagement « zéro erreur ». »

La sécurisation des produits, depuis leur arrivée à la CENAME jusqu’à leur destination finale, est une obsession. « Les médicaments essentiels sont un bien public précieux et sensible », indique un responsable de la sécurité. « Sur site, nous déployons une sécurité multi-niveau : agents de sécurité 24h/24, brigades de ronde, vidéosurveillance totale incluant l’intérieur des magasins, et contrôle d’accès strict via des pictogrammes. Seul le personnel autorisé peut pénétrer dans les zones de stockage. »

Le transport est l’autre maillon critique. « Une fois le chargement pointé et validé, le camion est scellé. Un agent de livraison dédié accompagne le chauffeur. Ils sont conjointement responsables du précieux chargement. Nous avons une règle d’or : pas de voyage de nuit en situation normale. C’est une mesure de sécurité fondamentale pour les hommes et les produits. Seules des urgences, comme une épidémie à contenir, peuvent justifier une exception. »

Le regard de l’assurance qualité : garantir la conformité

Au milieu de l’agencement, un visiteur scrute les opérations d’un œil différent. C’est Jean Zoua, chargé d’études au service assurance qualité. Son rôle est de s’assurer que la réalité du terrain colle parfaitement aux procédures écrites. « Je suis ici pour vérifier la conformité du traitement et du chargement par rapport au plan de distribution et à nos procédures internes, mais aussi par rapport aux bonnes pratiques de distribution imposées par la réglementation, que le décret de 2024 renforce », précise-t-il. « Mon rôle dans ce comité est d’être le garant objectif que chaque action, du pointage au scellement, est conforme au cahier des charges de notre mission de service public. L’assurance qualité n’est pas un papier ; c’est une présence sur le terrain. »

Le leadership de terrain : coordination et soutien

Supervisant l’ensemble du Chef du service de la distribution, du suivi de la clientèle et de la logistique, incarne le lien entre la stratégie et l’exécution. « Ma présence sur le terrain est essentielle », affirme-t-elle. « Il ne s’agit pas de surveiller, mais d’appuyer, de vérifier que l’équipe a toutes les ressources et informations nécessaires. Nous travaillons en collaboration étroite, avec une approche d’équipe. Mon rôle est de m’assurer que les conditions sont optimales pour que cette livraison, et toutes les autres, se passent bien, du départ ici jusqu’à la réception par la pharmacie régionale. C’est cette coordination qui fait la force de la chaîne. »

Face aux piles de cartons destinées à différentes régions, une question s’impose : comment se fait la répartition ? Un responsable logistique lève toute ambiguïté : « Il n’y a pas d’arbitraire. La répartition se fait strictement en fonction des plans de distribution et des besoins sanitaires validés par les programmes nationaux. Une région avec une prévalence plus élevée de VIH recevra logiquement plus d’antirétroviraux. Les régions les plus peuplées reçoivent des volumes plus importants, mais c’est une réponse proportionnée aux besoins estimés par les experts en épidémiologie et en santé publique. Nous exécutons un plan scientifique, pas une intuition. »

Alors que les portes du camion du Sud se referment sur une cargaison méticuleusement pointée, scellée et confiée à ses convoyeurs, le sentiment qui domine n’est pas celui d’une simple tâche logistique accomplie. C’est celui d’un maillon d’une chaîne de confiance qui vient de se renforcer. Une confiance entre l’État, qui par son décret, donne un cap clair et des moyens ; la CENAME, qui traduit cette politique en processus rigoureux ; les partenaires internationaux, qui y voient la garantie d’une utilisation optimale des financements ; et, in fine, les patients camerounais.

Le travail de M. M’ba Laurent et de ses collègues, appuyé par les contrôles qualité et le leadership terrain, est bien plus qu’un inventaire. C’est l’acte concret qui permet de dire, comme le résume Dr SAME David Donald : « Chaque médicament qui sort d’ici porte avec lui l’engagement de l’État envers la santé de ses citoyens. Notre rigueur est la matérialisation de cet engagement. » Dans le silence retrouvé de l’entrepôt, alors que les préparatifs pour le camion suivant débutent déjà, une certitude s’impose : la politique du « zéro rupture » et de la sécurité pharmaceutique ne se décrète pas seulement dans les bureaux. Elle se gagne, carton par carton, numéro par numéro, sous la lumière crue des entrepôts de la CENAME.

Elvis Serge NSAA

Interview

« La garantie de la bonne pilule, au bon endroit, au bon moment »

Sous la houlette du Dr Samé David, Directeur des Opérations Pharmaceutiques, une chaîne de vérifications rigoureuses – du pointage au colisage – assure que chaque antirétroviral, chaque antibiotique, parvient sans faille aux dix régions du Cameroun. Dans les entrepôts spécialisés, des comités d’experts traquent la moindre erreur pour garantir une distribution infaillible, au service de la santé publique.

Dr SAME David

Est-ce que, d’entrée de jeu, vous pouvez vous présenter ?

Alors, je suis Samé David, docteur en pharmacie. À la CENAME, j’occupe la fonction de Directeur des Opérations Pharmaceutiques.

Quel est votre train-train quotidien ?

Notre activité quotidienne, à la Direction des Opérations Pharmaceutiques, consiste à assurer l’approvisionnement en produits pharmaceutiques. Cela inclut l’estimation des besoins de la population en médicaments et consommables médicaux essentiels, ainsi que toutes les études y afférentes. Nous sommes également en contact avec les fournisseurs de qualité pour mettre à disposition des produits pharmaceutiques de qualité pour la population.

Dans notre domaine, nous assurons la gestion des stocks de ces produits, le suivi de la distribution et la logistique associée. Il s’agit pour nous de traiter les commandes des clients, d’assurer la distribution sur le site, et de garantir la distribution conformément aux plans de répartition pour les produits des programmes de santé publique.

Tout à l’heure, vous avez visité le magasin où des camions étaient en train de réceptionner et de charger des produits pharmaceutiques. Pouvez-vous nous expliquer de quoi il s’agit ?

D’accord. Ce qu’il faut savoir, c’est qu’à la CENAME, les magasins sont plus ou moins spécialisés. Le magasin que nous avons visité est dédié aux antibiotiques et produits apparentés. Actuellement, un plan de répartition d’antirétroviraux est en cours d’exécution. C’est dans ce cadre que vous avez vu plusieurs camions en train d’être chargés, conformément aux bonnes pratiques, à destination des 10 régions du Cameroun.

Pouvez-vous revenir sur l’organisation du travail au sein de ce magasin chargé de distribuer les antirétroviraux, les antibiotiques et produits apparentés dans les 10 régions du Cameroun ?

D’accord. Dans chaque magasin, il y a au minimum 2 personnels mis à disposition : un chef magasinier et un magasinier. Ils assurent la gestion quotidienne du magasin et la préparation des commandes conformément aux plans de répartition. Une fois cette étape effectuée, entre en jeu le comité en charge de la vérification, de la préparation, du pointage, du colisage et de la confirmation du chargement des produits. Ce comité vérifie, à chaque étape, l’adéquation de la préparation avec les documents de référence, c’est-à-dire les bons de préparation et les plans de répartition. Il vérifie également les documents de livraison (bons de livraison et factures), la conformité des produits aux plans de répartition préalablement validés, le pointage et le colisage des colis. Enfin, il vérifie l’effectivité du chargement des colis dans le véhicule affrété à cet effet. Voilà les étapes clés contrôlées par ce comité.

Quel est le profil du personnel mobilisé pour la réussite de cette campagne de distribution des antirétroviraux et des antibiotiques ?

D’accord. Comme vous avez pu le constater, cette commission est composée de plusieurs experts et responsables. Nous y trouvons un représentant de la cellule chargée de l’assurance qualité pharmaceutique, un représentant de la cellule de contrôle de gestion, le responsable du suivi de la distribution, de la clientèle et de la logistique, le Directeur des Opérations Pharmaceutiques ainsi que le chef du service de suivi des distributions des produits des programmes. Chacun, en fonction de son domaine de compétence, est impliqué pour s’assurer de l’efficacité du processus. Ainsi, nous mobilisons des pharmaciens, des gestionnaires comptables, des techniciens médico-sanitaires en sciences pharmaceutiques ainsi que des magasiniers chargés de préparer les produits et de vérifier la bonne exécution du chargement conformément aux bonnes pratiques en vigueur.

Au-delà de la bonne organisation, est-ce que vous rencontrez des difficultés dans la réalisation de ces travaux ? Comment les résolvez-vous ?

D’accord. Aucune œuvre humaine n’est parfaite. Cependant, toutes ces commissions, comités et points de contrôle dans le processus de préparation et de livraison sont mis en place pour minimiser les risques. Des erreurs peuvent survenir, mais elles restent très minimes avec cette organisation. Une erreur peut être constatée et corrigée facilement pendant le processus. Mais il est désormais difficile qu’une erreur parvienne jusqu’au client final, grâce à tous ces processus de vérification à chaque étape clé.

Pour l’année 2026 qui commence, quels sont vos principaux défis ?

Le défi est permanent et similaire aux années précédentes. Comme vous le savez, sous le leadership de notre Directeur Général, nous avons réduit les délais de distribution et de mise à disposition des produits pharmaceutiques. Nous allons continuer à les réduire au strict minimum et nous allons pouvoir mettre à disposition davantage de médicaments essentiels que par le passé, pour mieux satisfaire les commandes des différents clients et bénéficiaires de la CENAME.

Pour terminer, avez-vous un message à transmettre ?

D’accord. Je voudrais d’abord vous remercier pour l’intérêt que vous portez à la CENAME, qui est une structure de santé publique. Sous le leadership et la direction de notre Directeur Général, elle veille à la continuité de l’approvisionnement en médicaments pour leur mise à disposition auprès de tous les patients camerounais.

Propos recueillis par Elvis Serge NSAA

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📰 Dernière parution : Echos santé n°1388 du vendredi 17 avril 2026

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