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    Foi et santé publique : le MINAT recadre les églises de réveil

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    Vaccination refusée, transfusions rejetées, et un meurtre d’enfant attribué aux ordres d’un « prophète » : le ministre Paul Atanga Nji a reçu les Témoins de Jéhovah pour évoquer le poids de certaines croyances sur la santé des Camerounais.

    Le ministre de l’Administration territoriale, Paul Atanga Nji, a reçu le 8 juillet 2026 dans son cabinet à Yaoundé les responsables de la congrégation des Témoins de Jéhovah, Stephen Attoh (président) et Dave Momo (porte-parole). Au menu : l’hymne national, présenté par le ministre comme un devoir civique incontournable, mais surtout la position de cette confession sur les campagnes de vaccination et de don de sang. Le MINAT a réclamé des clarifications sur les orientations de la congrégation, dans un contexte où l’État dit vouloir une forte adhésion aux programmes de santé publique. Il a également rappelé que le mouvement avait été interdit d’activités au Cameroun entre 1960 et 1982 pour des motifs similaires.
    Cette sortie s’inscrit dans une ligne déjà connue du ministre. Depuis décembre 2024, Paul Atanga Nji multiplie les mises en garde contre les églises dites « de réveil » fonctionnant sans autorisation légale, rappelant que seul le chef de l’État peut autoriser l’existence d’une église au Cameroun. Sur l’ensemble du territoire, les autorités ne reconnaîtraient qu’une poignée d’églises officiellement enregistrées, contre plusieurs centaines de structures actives dans la seule capitale.
    Le sujet de la transfusion sanguine n’est pas anodin : les Témoins de Jéhovah refusent le sang total et ses composants majeurs, y compris lorsque le pronostic vital est engagé, ce qui a nourri des controverses médicales et juridiques dans plusieurs pays. Sur la vaccination en revanche, la méfiance historique du mouvement n’est plus d’actualité, l’organisation affirme aujourd’hui que le choix de se vacciner relève de la conscience individuelle de chaque fidèle.

    Un drame qui interroge l’emprise de certains “prophètes”

    Cette vigilance affichée par le MINAT prend un relief particulier à la lumière d’un fait divers survenu fin juin à Yaoundé. Dans la nuit du 27 au 28 juin 2026, une fillette d’une dizaine d’années, Sylvana, a été tuée à coups de couteau à son domicile au quartier Nkolndongo/Anguissa, en l’absence de ses parents. Le médecin légiste aurait relevé une dizaine de coups portés, avec des mutilations.
    La suspecte interpellée, les sources divergent sur son âge exact, entre 17 et 22 ans, fréquentait une église de réveil du quartier. Selon ses déclarations recueillies après son arrestation, elle affirme avoir agi sur instruction d’un responsable religieux qu’elle désigne tantôt comme un « prophète », tantôt en le nommant, lequel lui aurait fait croire qu’un tel geste la libérerait de la misère. Cet homme est activement recherché. La jeune femme aurait par ailleurs évoqué des « conseils » reçus pour affronter des « combats spirituels ».
    L’abbé Georges Fabrice Ngono a réagi publiquement à ce drame, dénonçant les dérives de ceux qu’il qualifie de marchands d’illusions manipulant les consciences jusqu’au crime.

    Un même fil rouge : l’absence de régulation

    Les deux affaires, bien que de nature différente, pointent vers un même constat : la prolifération d’églises de réveil non enregistrées, sans encadrement ni contrôle réel des autorités religieuses, administratives ou sanitaires, jusqu’à ce qu’un drame éclate. D’un côté, une confession structurée dont les positions sur la santé publique sont désormais scrutées par l’État ; de l’autre, des officines informelles où l’emprise psychologique d’un « prophète » autoproclamé peut conduire à l’irréparable. Entre les deux, la question reste entière pour les autorités camerounaises : comment concilier la liberté de culte, garantie par la Constitution, avec la protection de la santé publique et celle des plus vulnérables ?

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    MIREILLE SIAPJE

    Rédacteur en Chef

    Journaliste multimédia, rédactrice en chef du groupe de presse Échos Santé. Spécialisée en santé publique, droits humains et environnement. S’exprime en français et en anglais. Lauréate du Prix Médiation Press Trophies 2014 et du Prix Michel Sidibé 2024.

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